lundi 24 juillet 2017

Un soir et une nuit à l'urgence de Gatineau...

Dans la salle d'attente ultra-moderne de l'urgence de l'hôpital de Gatineau, deux grands écrans diffusent des images et des vidéos devant les rangées de fauteuils où les «patients» doivent en effet patienter pendant de longues heures (plusieurs longues heures)...

Passons pour le moment sur les délais d'attente, constamment parmi les pires du Québec, pour parler de ces deux grands écrans qui ne présentent en boucle que des vidéos de pitreries insignifiantes (répétées ad nauseam), quelques actualités en bref et des hommages (répétés ad nauseam) aux plus importants donateurs à la Fondation de l'hôpital...

Cette miteuse mixture visuelle (il n'y a pas de bande sonore) ne fait qu'ajouter à la souffrance des personnes malades ou amochées qui, une fois passées par l'étape du triage, doivent essayer de trouver la position la moins inconfortable possible en attendant... attendant... attendant qu'une voix parfois à peine compréhensible annonce qu'un médecin les verra... enfin!

photo archives Radio-Canada

J'ai passé une nuit (de minuit 30 à 4 h) et une soirée (de 20 h à 23 h 30), en accompagnement d'un proche qui avait grandement besoin de soins. Pendant ces deux périodes, la voix à peine compréhensible n'a appelé personne - absolument personne - pour l'inviter à une salle de soins. Quand j'ai quitté, les personnes présentes à mon arrivée étaient toujours là...

D'aucuns se plaignaient, d'autre vomissaient, quelques-uns essayaient de dormir en s'étendant sur une largeur de trois fauteuils... Il faisait froid dans la salle, et certains sont allés quêter des couvertures pour se réchauffer un peu... J'ai tenté d'obtenir un oreiller et le préposé m'a répondu sur un ton qui n'invitait pas la réplique qu'aucun oreiller n'était disponible pour la salle d'attente... qu'il n'y en avait même pas suffisamment pour les lits à l'urgence...

Notre attente pour le triage à la seconde visite fut de plus de 30 minutes... assez longtemps pour vous savez quoi si la situation est critique... Car il faut savoir que le personnel de soins oeuvre derrière des portes closes, à l'abri du spectacle de la salle voisine où la plèbe fait le pied de grue... Le seul kiosque accessible est celui de l'inscription et le responsable vous fait savoir clairement qu'on ne peut espérer obtenir d'information là... Adressez-vous au triage...

Une personne qui entre seule et qui s'effondre sans avoir le temps de prendre son numéro restera là... par terre... sans que les infirmières au triage, les urgentologues ou le préposé à l'inscription puissent la voir... J'espère qu'un jour, celui ou celle qui a conçu cette horreur aura à s'y rendre et qu'il ou elle aura à goûter à la médecine du peuple...

J'ai la plus grande admiration pour le personnel qui travaille dans cette zone de combat quotidienne. Infirmières, préposés, et médecins y font un boulot exceptionnel. Les soins dispensés sont de très haute qualité. Le problème, c'est d'y parvenir dans des délais raisonnables. Les urgences les plus urgentes passent immédiatement ou très rapidement après le triage... On ne dandine pas avec une possibilité de crise cardiaque...

Quant aux autres, ces cas qui ont tout à fait raison de s'adresser à l'urgence mais qui n'auront pas besoin de l'extrême-onction, ils risquent de poireauter longtemps. Trop longtemps. Parce que leurs souffrances sont moindres, ils feront des plaies de fauteuil en attendant l'heureux moment où la voix à peine compréhensible les dirigera vers une salle de soins...

Pourquoi doivent-ils subir des retards de six, huit, dix heures ou pire? Parce qu'il n'y a pas suffisamment de médecins. Ça m'apparaît aussi simple que cela... Quand on admet un patient en milieu de soirée, qu'on fait un diagnostic préliminaire, qu'on analyse les prélèvements (sang, urine), un médecin (eut-il, eut-elle été disponible) aurait pu entamer les traitements assez rapidement. Mais quand il faut un autre sept ou huit heures avant qu'un précieux «docteur» puisse le voir...

Une urgence, c'est une urgence. Il y arrive aussi des ambulances et des situations critiques. Si elles arrivent en rafale et qu'il n'y a que deux médecins, ceux et celles qui patientent devant les pitreries insignifiantes des deux écrans de la salle d'attente regardent l'heure de plus en plus impatiemment, sans même pouvoir utiliser leurs tablettes (qui pourraient divertir) en l'absence de wi-fi public...

Un ou deux médecins ne suffisent pas... Il en faudrait quatre, cinq, six... enfin un nombre suffisant pour assurer même à ceux qui ont des souffrances moins urgentes un traitement dans un délai maximal de quelques heures. Le budget de l'hôpital le permet-il? Les médecins refusent-ils? Est-ce une question d'argent ou de disponibilité? Je m'en fiche républicainement...

À quoi cela sert-il de construire une urgence à la fine pointe quand on manque de médecins pour assurer le service à ceux et celles qui en ont besoin? Il n'y a pas assez d'argent au budget? Trouvez-en. On a déjà trop coupé. Des médecins ne veulent pas? Forcez les récalcitrants... Leurs collègues en devoir sont débordés et ont besoin de leur aide! De plus, on les paie avec l'argent du trésor public...

Et tant qu'à y être, organisons-nous pour présenter des images et vidéos intelligentes aux deux grands écrans. Ajoutons quelques chaises longues pour ceux qui doivent s'étendre, avec un stock de couvertures et d'oreillers. Et pourquoi pas, en plus d'un réseau wi-fi accessible à tous et toutes, un petit écran avec écouteurs à chaque fauteuil avec une sélection de chaînes de télé et de musique?

On a dépensé des millions et des millions en fonds publics pour construire cette urgence? Quelques millions de plus pour accélérer les soins et rendre le séjour des patients plus confortable dans la salle d'attente, est-ce trop demander???

mercredi 19 juillet 2017

Le prix de l'indépendance... Qu'en est-il du prix de la dépendance?


Y'a des choses qu'on flaire... C'est dans l'air... comme l'humidité avant l'orage... le calme avant la tempête... l'anxiété avant la défaite... la rumeur avant la débandade... l'ambiance du début de la fin...

Quelqu'un, je ne me souviens pas qui, avait répondu à ceux qui s'interrogeaient sur le prix de l'indépendance du Québec, que ce n'était rien comparé au prix à payer pour le déclin et l'éventuelle désintégration de la nation québécoise...

Je me suis dit qu'il y avait du vrai là-dedans, sans trop pouvoir m'imaginer quelle forme prendrait notre agonie comme peuple. Après la révolution des années 60, la prise du pouvoir par le PQ à partir de 1976 et le quasi-succès du référendum de 1995, on voyait encore la lumière au bout du tunnel... On espérait toujours vaincre...

Mais aujourd'hui... Pour reprendre les paroles des Cowboys fringants, «quand j'regarde en avant y'a comme un flou dans le temps»... Cette merveilleuse chanson (La tête haute) est tout indiquée pour cette réflexion, évoquant le sort d'un jeune de 19 ans, au début de sa vie, apprenant qu'il lui reste à peine quelques mois à vivre... que son aventure tire prématurément à sa fin...

En sommes-nous là comme peuple? Probablement pas... Il nous reste suffisamment de forces vives pour faire du Québec un pays, mais l'espoir s'effrite... Les troupes vieillissent... Les guerriers sont fatigués... Notre petit village encerclé résiste de moins en moins à l'anglo-domination... avec les conséquences qu'on est en droit d'appréhender.

La menace de briser le Canada (tout au moins de le modifier radicalement) nous avait valu un gros «love-in» à Montréal... Restez, we love you... Mes les foules ont disparu... ainsi que les fleurdelisés... C'est la bisbille dans le camp (?) souverainiste... Et au sein des forces anti-souverainistes, on est en mode attaque, flairant la bête blessée...

À chaque incident linguistique ou identitaire, un flot de colère haineuse nous engloutit, tant de l'intérieur du Québec qu'en provenance du Rest of Canada. On nous fait passer pour racistes, xénophobes, intolérants... et plusieurs d'entre nous avons commencé à le croire... Le ton monte et le mépris s'accentue... comme l'humidité avant l'orage...

L'esprit de la Loi 101 s'affaisse à vue d'oeil avec le gouvernement Couillard, qui couve les anglos en plus de soutenir des mesures propres à affaiblir le français et l'identité nationale (anglais intensif, bannières commerciales en anglais, langue de travail, francisation fragilisée des immigrants, cours de médecine en anglais pour francophones, etc.)...

Je vis au front, face à la rivière des Outaouais et Ottawa, la capitale de la fédération... Je vois tous les jours l'arrogance d'anglophones exigeant (avec succès) de se faire servir en anglais au Québec, et la timidité, pour ne pas dire la peur, de francophones tentant (souvent sans succès) d'obtenir un respect réciproque à Ottawa... «Un muffin, s'il vous plaît»? «Sorry, I don't (won't) speak French»...

Je vois le centre-ville de Gatineau s'angliciser avec la complicité de promoteurs immobiliers et d'une majorité du conseil municipal... Je vois des affiches commerciales bilingues (parfois anglaises) en violation flagrante de la Loi 101... Je vois les menus bilingues au Tim Horton's de Gatineau, et les menus unilingues anglais des Tim à Orléans, sur l'autre rive de l'Outaouais...

J'entends tous les jours des francophones gatinois parler un français truffé de fautes et d'anglicismes. Et pire... J'attendais mon café l y a quelques jours et quatre vieux (enfin des gens de mon âge) étaient assis près de moi, échangeant en anglais. L'un d'eux s'est levé et est revenu avec des reproches: il ne savait pas quelle poubelle utiliser parce qu'il n'y avait qu'une affiche en français (déchets)... Quand le type est allé aux toilettes, les trois autres ont repris la conversation... en français... J'ai eu honte!

À Ottawa, les factures d'eau et d'égout étaient bilingues... On vient d'apprendre qu'elles seront désormais unilingues anglaises ou unilingues françaises... Bien sûr, c'est la version anglaise qui sera expédiée par défaut. Il faudra spécifiquement demander une facture française pour l'obtenir... Pendant ce temps, la campagne pour donner un statut d'égalité officielle au français à Ottawa s'embourbe dans l'indifférence générale...

D'ici quelques jours, les données linguistiques du recensement 2106 seront rendues publiques... Si la tendance cinquantenaire se maintient, la proportion de francophones continuera de décliner et tombera bientôt sous la barre des 20%... Au Québec même, le français s'effrite et le bilinguisme (étape vers l'anglicisation) fait des bonds...

Quand il sera devenu évident que nous ne représentons plus une menace pour l'unité du pays, que notre volonté de vivre en français est suffisamment affaiblie, que notre capacité de résistance est assez dégradée, la répression s'abattra avec férocité. On achèvera sans hésitation ce petit peuple qui a donné tant de fil à retordre à la minorité/majorité anglo-canadienne depuis des centaines d'années. C'est dans l'air... comme le calme avant la tempête...

Évidemment, je me trompe peut-être, vivant sur les rives de l'Outaouais et ayant grandi comme Franco-Ontarien à Ottawa... Mais à moins d'une nouvelle prise de conscience et d'un ultime sursaut de combativité, ce que je souhaite ardemment, on ferait mieux de construire des tranchées en attendant l'offensive qui viendra... bientôt...

On connaîtra alors le véritable prix de la «dépendance»...



lundi 17 juillet 2017

Taxes scolaires en Outaouais: voter rouge les yeux fermés, les poches vides...


J'aurais dû me méfier quand le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, a promis qu'il mettrait fin au scandale des taxes scolaires au plus tard en mai 2017, avant l'envoi des comptes de taxes 2017-2018 aux citoyens de l'Outaouais. Si les anglos avaient été les victimes, il aurait sans doute brûlé tous les feux rouges pour arriver à temps. Mais comme il s'agissait du troupeau francophone qui réélira les libéraux les yeux fermés et, même, les poches vides...

Pourtant, j'espérais, cette fois, que Philippe Couillard et ses ministres ne laisseraient pas les contribuables de l'Outaouais inscrits aux commissions scolaires de langue française se faire voler des millions de dollars en toute légalité. Même pour ce gouvernement si frileux quand vient le temps de protéger les francophones et la langue française, c'aurait dû être un peu gros.

À l'époque où les salles de rédaction avaient un personnel suffisant pour faire leur boulot, plusieurs journalistes auraient enclenché des suivis, des analyses et des commentaires, sondé l'opinion, harcelé les élus responsables, demandé des comptes aux commissions scolaires et au gouvernement. Le tollé médiatique aurait été tel, avec un scandale pareil, qu'une solution aurait été trouvée... Ailleurs qu'en Outaouais, les députés locaux complices auraient écopé manifestations, protestations et, ultimement, une défaite électorale.

Mais rien ne s'est passé... autre qu'une quantité inhabituellement élevée de lettres à la page d'opinion du quotidien Le Droit. Ça m'a tout l'air que la négligence et l'inaction - quand elle sont oeuvre de libéraux - restent ici impunies... J'ai reçu en fin de semaine un compte de taxes scolaires de plus de 1000 $, alors qu'un contribuable payant à la commission scolaire anglaise (avec une maison équivalente) n'aurait eu à débourser qu'environ 400 $. C'est une injustice flagrante. Tous le reconnaissent. Mais mon député ne m'a pas défendu. Ni ses collègues. Ni le gouvernement... Ils ont renié la majorité francophone!

Je glanais les lettres dans les pages d'opinion, ainsi que les nombreuses réactions aux affichages Facebook et Twitter, et fut fort déçu par le nombre important d'intervenants mal informés qui semblent voir automatiquement dans ces énormes écarts de taxes une manifestation de la supériorité administrative des commissions scolaires anglaises. Un véritable réflexe de colonisé. Même s'il s'avérait, après enquête, que la gestion des anglophones soit plus rigoureuse, tant soit peu, la différence entre les comptes de taxes serait relativement minime...

Tout le monde sait où réside le coeur du problème. C'est, pour les francophones et allophones qui n'ont pas d'enfant à l'école primaire ou secondaire, le libre choix de payer leurs taxes scolaires à la commission scolaire anglaise (bit.ly/2va8f1n). Les défections de francophones vers la commission scolaire anglaise Western Québec ont commencé alors que l'écart n'était que 22 $. Depuis ce temps, quelque 20 000 francophones ont viré capot. Voilà ce qui explique les méga-écarts entre les taux de taxes des commissions scolaires francophones et anglophone. Rien d'autre!

Pourquoi ne trouve-t-on pas de solution? On a parlé de réduire l'écart ou encore d'imposer un taux de taxe scolaire uniformisé. Cela ne réglerait rien du tout si les déserteurs ne reviennent pas aux commissions scolaires de langue française. S'ils restent avec la commission scolaire anglaise en dépit d'une facture uniformisée - disons de 650 $ par année - le secteur de langue française va se retrouver devant de gigantesques déficits pendant que Western Québec roulera sur l'or...

Non, la seule voie susceptible de régulariser la situation serait d'accorder le paiement des taxes scolaires aux principes établis par la Loi 101. Les parents francophones et allophones avec des enfants aux écoles françaises n'ont pas le choix: ils doivent payer leurs taxes aux commissions scolaires de langue française. Cette obligation doit s'étendre aux citoyens francophones et allophones qui, s'ils avaient des enfants d'âge scolaire, seraient obligés de les inscrire à l'école française. S'il reste alors un écart substantiel, on pourra s'aventurer sur le terrain de la gestion...

Les libéraux oseraient-ils faire ça à leurs fidèles électeurs anglophones? J'en doute. Plusieurs semblent croire qu'une défection en masse vers le secteur anglais forcera le ministre de l'Éducation à mettre ses culottes... Rien n'est moins sûr avec ce parti qui a volé au secours des anglophones pour annuler l'effet de la Loi 101 dans les municipalités «bilingues», en 2013, et qui impose aux étudiants francophones de l'Outaouais une faculté de médecine d'une université anglaise où tous les cours magistraux seront donnés en anglais... Philippe Couillard veut d'ailleurs que tous les élèves francophones du Québec apprennent l'anglais...

Le mot de la fin pour les partis d'opposition: le Parti québécois, la Coalition Avenir Québec et Québec solidaire. Dans ce dossier, ils n'ont guère été reluisants. Parfois je me demande, tenant compte que l'Outaouais est pavé en rouge, s'ils conservent toujours quelque intérêt pour cette région où le front linguistique francophone s'érode à vue d'oeil. Bientôt il s'écroulera... Entre les «ti-pitous» de l'équipe Couillard et trop de lavettes dans l'opposition, on n'est pas sortis du bois...

Enfin, si vous croyez que ce texte a été rédigé «dans un soubresaut de colère et d'impuissance» (merci Cowboys fringants...), vous avez totalement raison. Je suis victime d'un vol et je me sens trahi par ceux et celles qui auraient dû me défendre !!! Je m'en souviendrai.

Allô... allô... y'a quelqu'un à l'écoute ailleurs qu'en Outaouais???


Les États généraux: rupture de solidarité ou d'identité?

L'opinion généralement répandue, c'est qu'à partir des années 1960, et plus précisément après 1967, année des États généraux du Canada français, une rupture identitaire s'était opérée entre Québécois francophones et les minorités franco-canadiennes des autres provinces. Que les Québécois avaient en quelque sorte largué la composante « hors-Québec » de l'identité nationale « canadienne-française », pour se replier sur le territoire du Québec. L'appellation « nation québécoise » serait ainsi, en partie, selon cette thèse, un rejet de la vision pan-canadienne de la francophonie. On pourrait, je crois, argumenter que le nationalisme traditionnel a toujours été territorial au Québec, et que les liens avec les Acadiens et les Canadiens français des autres provinces relevaient davantage de la solidarité et de l'origine ethnique que d'une identité politique commune. C'est ce que j'ai tenté de présenter, il y a cinq ans, dans le texte ci-dessous (que je reproduis aujourd'hui en partie seulement sur mon blogue). 

Après l’affirmation, dans le préambule de la Charte canadienne des droits et libertés de 1982, que le Canada reconnaît la suprématie de Dieu, un être auquel 23% des Canadiens ne croient pas[1] et dont le plus fin juriste ne réussirait pas à prouver l’existence, après avoir reconnu les « peuples autochtones » (article 35), et les « communautés linguistiques » française et anglaise du Nouveau-Brunswick (article 16.1), après avoir fait allusion aux minorités linguistiques francophones et anglophones dans toutes les provinces (article 23), la Charte fait totalement abstraction de la nation ou du peuple québécois, ou de son rôle et de son statut particuliers comme foyer d’un des deux peuples fondateurs du pays, investi d’une mission de protection et de promotion de la langue et de la culture françaises qui sont minoritaires au Canada et très, très minoritaires en Amérique du Nord.

« Il y a de la place dans la Charte pour le patrimoine multiculturel des Canadiens et pour les droits collectifs des peuples autochtones. Toutefois, il n’y en a pas pour l’idée de la différence québécoise et pour le principe que devraient en découler des conséquences juridiques »[2], observait  Guy Laforest dans un texte sur le 25e anniversaire de la Charte.

Faisant fi d’une dualité qui avait paru évidente aux Pères de la Confédération au moment de rédiger l’Acte de l’Amérique du Nord britannique en 1867, la spécificité du Québec est donc disparue, à toutes fins utiles, dans une Charte qui crée un pays plus ou moins symétrique, plus ou moins bilingue, plus ou moins multiculturel, au sein duquel cohabitent, plus ou moins, des Canadiens individuels d’expression anglaise et d’expression française. Cette œuvre de fiction politique est pourtant devenue loi constitutionnelle. Sous le couvert d’une liste de droits et libertés qui font consensus, elle réécrit l’histoire et tait une réalité collective que même la Chambre des communes a accepté de reconnaître – l’existence d’une nation québécoise – en 2006.

Le problème, c’est qu’il s’agit justement d’une œuvre de fiction. Les Québécois savent qu’ils constituent un peuple depuis la fin du Régime français. Et en dépit d’une greffe de nationalisme ethnoculturel pancanadien à partir des conflits scolaires acadien (1871) et manitobain (1890) et de la pendaison de Louis Riel (1885) dans le dernier tiers du 19e siècle, les Québécois francophones ont toujours conservé un sens territorial de la nationalité. S’il y avait eu une conscience élargie de cette nationalité, les Pères québécois de la Confédération auraient exercé davantage de pressions pour étendre les droits de la langue française au-delà des frontières québécoises. On peut toujours alléguer que les Maritimes étaient jusque là des États étrangers et que le sort des Acadiens n’avait jamais été au premier plan des luttes au Bas-Canada/Canada-Est, mais tous étaient conscients d’une présence de petites communautés francophones dans ce qui deviendrait l’Ontario en 1867 et auquel le futur Québec était lié juridiquement depuis l’Acte d’Union en 1840.

Dès le départ, l’AANB, par l’article 133, consacrait le statut particulier du Québec qui, seul parmi les provinces, devait avoir des institutions bilingues. L’obligation de protéger la minorité anglophone du Canada-Est dans la nouvelle Constitution est en soi une reconnaissance constitutionnelle de l’existence d’une société nationale distincte et majoritaire dans le territoire qui devait devenir le Québec. La faible protection offerte par l’article 93 aux écoles confessionnelles (dont certaines étaient françaises en Ontario et dans les Maritimes) et le pouvoir fédéral de désaveu n’ont été d’aucun secours aux francophones de ces provinces. Les délégués québécois aux conférences d’avant 1867 semblent, de fait, s’être contentés d’espérer naïvement que le traitement accordé aux francophones ailleurs serait aussi généreux[3] que celui consenti aux anglophones du Québec, ainsi qu’en témoigne la correspondance de Hector Langevin en 1866. Au fond, il n’y avait pas de lien politique avec ces communautés essaimées ailleurs en Amérique du Nord. Les liens étaient ethniques, religieux, linguistiques et culturels.

Dans un texte paru l'an dernier, le professeur François Rocher[4], de l'Université d'Ottawa, note également que « les Pères de la Confédération, bien que préoccupés par le sort des communautés franco-catholiques ailleurs au Canada, n’en ont pas fait un élément structurant du projet confédéral puisque le concept sous-jacent au projet n’était pas l’établissement d’un pays bilingue, mais bien la création d’une province franco-catholique, moyennant certaines protections pour sa minorité anglo-protestante, au sein d’une union essentiellement anglo-protestante ».

Le journaliste ultramontain Jules-Paul Tardivel, analyste parfois astucieux, écrivait dans son journal La Vérité en 1899, après les crises linguistiques scolaires (N.-B., I.-P.-E., Manitoba) et l’affaire Riel : « Pour les Canadiens français, la vraie patrie c’est toujours la province de Québec. Si nous sommes attachés aux groupes français des autres provinces, c’est par les vieux liens du sang, de la langue et des traditions; non point par le lien politique créé en 1867. Nous nous intéressons à nos frères de l’Est et de l’Ouest parce qu’ils sont nos frères; non parce qu’ils sont nos concitoyens. »[5] Je n'ai pas à ma disposition de sondages d’opinion publique pour mesurer l’exactitude de ses propos, mais mes propres souvenirs d’enfance en Ontario et mes premiers contacts avec des étudiants universitaires québécois au début des années soixante me laissent croire que ces propos méritent d'être pris en compte.

On a peut-être mal interprété au niveau identitaire la solidarité naturelle entre le Québec et les minorités canadiennes-françaises. Jadis, les Québécois francophones se disaient Canadiens et voyaient les « autres » comme des Anglais. Ils avaient vécu au Canada, au Bas-Canada, au Canada-Est jusqu’en 1867. Sauf pour les années suivant l'Acte de Québec en 1774, le Québec comme symbole étatique est apparu avec la Confédération. Et les tentatives des élites des milieux canadiens-français hors-Québec[6] et de politiciens québécois en vue, comme Henri Bourassa et d’autres, de redéfinir l’identité territoriale à l’ensemble du Canada auront en définitive échoué. Les gouvernements successifs à Québec, reflétant sans doute l’humeur populaire, ont continué, de Mercier à Duplessis et après, à défendre une version du fédéralisme axée sur l’autonomie provinciale – lire ici l’autonomie du Québec à majorité francophone.

Ainsi, avec l’arrivée de la Révolution tranquille des années 1960 et la montée d’un nouveau nationalisme souverainiste, la rupture consommée avec fracas en 1967 aux États généraux du Canada français, entre les délégués hors Québec et ceux du Québec, aura été davantage une rupture de solidarité que d’identité. D’ailleurs, Marcel Gingras[7], participant au colloque Les États généraux du Canada, trente ans après, en 1997, rappela les propos de son collègue de L’Évangéline, Bernard Poirier, qui s’était plaint qu’« un nombre imposant de délégués du Québec (aux États généraux) conçoivent (…) la nation canadienne-française comme étant ‘le Québec’ ». J’y étais comme délégué franco-ontarien et j’ai constaté le même phénomène. 

Si l’on postule une continuité d’identité, ponctuée d’un changement d’appellation, chez les Québécois, il s’ensuit que la véritable crise identitaire s’est davantage produite au sein des minorités franco-canadiennes elles-mêmes, qui ont dû par la force des choses entreprendre une redéfinition en fonction d’une identité réduite (franco-ontarienne, p. ex.), ou parfois plus générale (francophone – et même bilingue – dans un contexte canadien ou, occasionnellement, internationale dans le contexte d’une francophonie mondiale).

Cette transformation identitaire au sein de la minorité franco-ontarienne a été constatée dans un sondage Léger et Léger de 1993, dans la région d’Ottawa. Les Franco-Ontariens de plus de 65 ans s’identifiaient toujours majoritairement (60,8%) comme Canadiens français, les plus jeunes (18-24 ans) se voyant surtout comme bilingues (38,6%) ou franco-ontariens (27,3%).[8] Chez les Québécois, qui s’étaient toujours identifiés en fonction du territoire où ils étaient majoritaires, l’adoption de l’appellation québécoise (plutôt que canadienne-française) à partir des années 1960 pourrait avoir été davantage une adaptation du nom à une réalité politique en mouvance qu’une modification substantielle de leur identité nationale.




[1] Sondage de la Presse canadienne-Harris Decima en 2008, cité dans Wikipédia sous la rubrique Analyse statistique de l’athéisme
[2] Guy Laforest, « L’exil intérieur des Québécois dans le Canada de la Charte », Constiutional Forum, 16, 2, 2007, p. 65
[3] Voir Marcel Martel, Le deuil d’un pays imaginé, Rêves, luttes et déroute du Canada français, Les Presses de l’Université d’Ottawa, 1997, pp. 25-26
[4] François Rocher, La construction du Canada en perspective historique : de la méfiance comme élément consubstantiel des débats constitutionnels, 2013
[5] Texte éditorial du journal La Vérité (Québec), édition du 8 juillet 1899, évoquant la tiédeur des célébrations entourant Dominion Day (1er juillet) lors du 32e anniversaire de la Confédération.
[6] Marcel Martel, op. cit., p. 29
[7] ancien rédacteur en chef du quotidien Le Droit, d’Ottawa, cité dans Marcel Martel et Robert Choquette (dirs.), Les États généraux du Canada français, trente ans après, Centre de recherche en civilisation canadienne-française de l’université d’Ottawa, 1997, p. 78
[8] ACFO régionale Ottawa-Carleton et Le Groupe Léger & Léger, Le pouvoir de savoir,  mai 1993, p. 95

vendredi 14 juillet 2017

Right fiers? Mon blogue de février 2016...


Ça m'a tout l'air qu'oser critiquer le choix de Right fiers! comme slogan des Jeux de la francophonie canadienne à Moncton-Dieppe, en 2017, c'est risqué…

À en entendre certains, ceux et celles qui y voient une promotion du franglais ou un signe d'assimilation n'ont pas compris grand-chose à la situation des collectivités acadiennes du sud-est du Nouveau-Brunswick, et témoignent envers elles un manque de respect…

Ce seraient des gens de l'extérieur de Moncton-Dieppe, peut-être de la péninsule acadienne où le chiac n'a aucune emprise, peut-être de milieux scolaires où la rectitude linguistique est élevée au rang de dogme, ou peut-être d'ailleurs au pays, du lointain Ontario, ou pire, de Québécois de la Loi 101

Je cite le président de la FJCF (Fédération de la jeunesse canadienne-française), Alec Boudreau: «Si on trouve cette (appellation) troublante, au point d'y voir de l'assimilation, c'est peut-être parce qu'on manque de confiance et de compréhension. (L')appropriation des deux langues (dans le slogan #RightFiers), c'est l'opposé de l'assimilation. Notre parler, c'est notre résistance à l'assimilation, et à ceux qui souhaitent jouer à la police linguistique.» (voir http://bit.ly/1XokyP5

Et, ajoute-t-il, «cet inconfort avec le slogan #RightFiers me semble provenir de personnes qui ne connaissent pas la réalité d'être jeune en milieu minoritaire.»

Ouf… j'ai le droit de parler. Je ne suis plus jeune, loin de là, mais je l'ai déjà été et j'ai passé toute ma jeunesse en milieu minoritaire: en Ontario, dans la capitale canadienne où les francophones ne forment aujourd'hui que 15% de la population (c'était un peu mieux quand j'avais 15 ou 20 ans). Et j'ai grandi dans un quartier où la proximité d'une forte majorité anglophone avait un effet corrupteur sur la qualité de notre français parlé…

On disait moétoé... On jouait au bord de la track... On appelait nos parents mom et pop… On prenait les ti-chars ou le bus avec un ticket… Le quartier voisin, on l'appelait le Flat et non les Plaines LeBreton… On se disait Bye au lieu de «salut!»… On allait aux vues et non au cinéma… On évitait de se faire lutter par un char… On parlait des soures (pour sewers) et non des égouts… Des riles au lieu des camions de pompiers… mais également de la grand-rue au lieu de son appellation anglaise, Wellington…

Enfin, nous avions notre argot… du français, oui, avec une infiltration de mots et d'expressions anglaises… Pas aussi coloré et célèbre que le chiac mais tout de même suffisamment différent pour qu'un visiteur de Saint-Hyacinthe ou de Caraquet trouve notre parler parfois étrange… Une chose est sûre. Jamais n'avons-nous prétendu qu'il y avait là un objet de fierté… Nous faisions sans doute du mieux que nous le pouvions, dans les circonstances qui étaient les nôtres dans la très anglaise Ottawa.

Ce que nous ne savions pas, et que les recherches et les recensements démontrent de plus en plus depuis quelques décennies, c'est que cette bilinguisation massive de notre collectivité n'était qu'une étape vers des générations subséquentes qui parleraient davantage l'anglais. Une bilinguisation qui serait bien plus que l'acquisition d'une langue seconde (par une langue seconde?) mais également le signe d'un effritement identitaire. L'apparition de nouvelles générations de «bilingues» jusque dans l'âme… dont les enfants seront majoritairement anglicisés…

Vous n'en êtes pas encore là à Moncton-Dieppe, mais je crains que vous ne soyiez en chemin… Allez fouiller un peu les profils des communautés dans le recensement fédéral de 2011. Les questions sur la langue étant restées dans le questionnaire obligatoire, même sous Harper, les données sont fiables. Consultez les chiffres pour les régions de Moncton, Dieppe et Shediac et comparez-les à ceux de la péninsule acadienne ou de la région de Madawaska, au nord-ouest. Et analysez les différences…

Vous verrez qu'à Dieppe, 72,4% de la population se déclare de langue maternelle française, mais que seulement 67,9% des répondants affirment utiliser surtout le français à la maison. Et dans cette même ville, alors que 85% des francophones sont bilingues, plus des deux tiers des anglophones restent unilingues anglais. Selon le recensement, dans cette municipalité de 23 000 personnes, en comptant les bilingues et unilingues, 83,7% des habitants connaissent le français, mais 90,1% connaissent l'anglais…

La situation à Moncton est bien pire, avec 31,3% de francophones selon la langue maternelle, mais seulement 23,7% selon la langue d'usage (la langue la plus souvent parlée à la maison). Et toujours à Moncton, plus de 90% des francophones sont bilingues… Les anglos sont très majoritairement unilingues. Dans la petite ville de Shediac, le profil est semblable à celui de Dieppe. À Tracadie-Sheila, dans le nord, pendant ce temps, près de la moitié des francophones sont unilingues.

Je ne veux pas faire de débat ici sur la valeur du bilinguisme ou du plurilinguisme, nettement souhaitable sur le plan individuel et presque toujours néfaste sur le plan collectif, surtout dans notre contexte nord-américain. Tout ce que ces chiffres démontrent, c'est la puissance d'attraction de l'une et l'autre des langues en présence, ainsi que leur utilité.

Pourquoi les anglos demeurent-ils majoritairement unilingues dans certaines régions du Nouveau-Brunswick où les francophones sont pourtant majoritaires? Ils ne voient aucune utilité d'apprendre le français… À Tracadie-Sheila, francophone à 96%, la majorité des anglophones connaissent le français mais ça c'est une toute autre histoire…

Le chiac, comme mon ancien argot franco-ontarien du West End d'Ottawa, témoigne de l'usure de notre langue après des générations de vie dans un milieu municipal et provincial anglo-dominant. Ça peut paraître très coloré, et même parfois amusant, mais j'espère que vous me permettrez de ne pas en être RightFier

J'ai beaucoup d'admiration pour l'Acadie et les Acadiens, pour leur ténacité, pour leur résistance historique. Une admiration qui ne sera nullement entamée par le choix de ce slogan, que je persiste à trouver malheureux… Solidarité!

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Réveille! Réveille!… pour sauver l'héritage. http://bit.ly/NNsNWC


jeudi 6 juillet 2017

Taxes scolaires: le français s'écroule en Outaouais



J'ai appris cette semaine que pour l'année 2017-2018, je paierais à peu près 500$ de plus par année que les contribuables de la commission scolaire anglaise. La facture pour une maison évaluée en moyenne à 250 000$ à ma commission scolaire, la CS des Draveurs: 837,13$... À la Commission scolaire Western Québec? 342,35$...

Et l'écart s'accroît d'année en année à mesure que les francophones désertent en masse leur commission scolaire pour payer leurs taxes aux écoles anglaises et que nos cinq «dépités» libéraux à l'Assemblée nationale font preuve de leur inefficacité habituelle quand vient le temps de défendre la langue et la culture françaises...

Je m'attendais que l'annonce d'une baisse de 24% des taxes scolaires à Western Québec, doublée de hausses dans toutes les commissions scolaires de langue française (près de 10% à la mienne), sorte nos politiciens de leur mutisme légendaire et suscite une multitude de manchettes, de suivis et d'éditoriaux dans les médias locaux... Mais non, les bouches restent largement cousues...

Non, pas tout à fait... Le quotidien Le Droit a publié au cours des deux derniers jours une douzaine de lettres de lecteurs et lectrices suffisamment alarmés pour sentir un besoin impérieux de s'exprimer sur la place publique. Un tel nombre de lettres pour un seul sujet est plutôt inhabituel... Les citoyens, semble-t-il, sont les seuls à élever le ton devant ce qui doit être qualifié de scandale...

Regardez le tableau ci-dessous (nouveaux taux de taxe devant être facturés en juillet 2017):

Tableau Le Droit

Le problème m'apparaît simple, et la solution aussi, mais personne à l'Assemblée nationale ne semble vouloir mettre ses culottes... Même pas le Parti québécois, qui devrait voir dans cette situation une occasion incontournable de se porter à la défense des électeurs francophones de l'Outaouais et de l'ensemble des régions où une situation semblable risque de surgir... 

Les citoyens francophones ou allophones avec des enfants au primaire ou au secondaire doivent payer leurs taxes à la commission scolaire française qu'ils fréquentent. Mais ceux et celles qui n'ont pas ou qui n'ont plus d'enfants à l'école primaire ou secondaire peuvent contribuer à une autre commission scolaire, fut-elle anglaise... 

Et c'est là que s'enclenche le cercle vicieux. Quelques dollars de moins à payer à la CS anglaise et les citoyens francophones plus préoccupés par leur portefeuille que par leur culture (ils sont très, très, très nombreux) virent capot. Plus il y a de transfuges, plus l'écart est grand entre les comptes de taxes. La commission scolaire anglaise de l'Outaouais a gagné 20 000 contribuables francophones au cours des deux dernières années... et ceux et celles qui restent fidèles à leur CS française (par obligation ou par choix coûteux) se font égorger...

Nos députés, ainsi que le ministre de l'Éducation, ont parlé (sans agir) à quelques reprises d'uniformiser le taux de taxe pour l'ensemble de la région, ce qui ne règle absolument rien si les citoyens n'ayant pas d'enfant à l'école conservent le libre choix... Libre choix qu'ils n'ont pas, par ailleurs, quand vient le temps de choisir la langue d'enseignement pour leurs enfants aux écoles primaires et secondaires...

Si la Loi 101 oblige francophones et allophones à inscrire leurs enfants à l'école française, la Loi 101 devrait aussi imposer à tous les francophones et allophones (qui seraient obligés de s'inscrire à la CS française s'ils avaient des enfants) de payer leurs taxes aux commissions scolaires de langue française. Mais demander aux libéraux de renforcer la Loi 101 apparaît aujourd'hui aussi difficile qu'un des 12 travaux d'Hercule... 

Je continue à payer mes taxes scolaires à la CS des Draveurs malgré un budget de retraite qui se porterait beaucoup mieux avec une réduction de 500$... Mais je suis outré devant l'inaction du gouvernement, de nos députés, des partis d'opposition y compris le PQ, et l'indifférence d'une masse de citoyens de l'Outaouais face aux conséquences de leur abandon des commissions scolaires de langue française...

Pas surprenant qu'on puisse nous imposer des cours de médecine en anglais sous la tutelle de McGill avec la complicité de nos députés et le silence d'une immense majorité de citoyens, qui ne savent pas ou qui s'en moquent... 

Alerte, Québec, le front linguistique outaouais s'écroule...

J'ai l'impression d'être de nouveau franco-ontarien, et de devoir lutter contre un gouvernement ouvertement anglophile et anglicisant... Misère...

vendredi 23 juin 2017

Bonne fête à nous !


En ce 24 juin, la nation se dit à nouveau «Bonne fête»!

La table est mise partout, et tous, toutes y sont bienvenus.

Notre hospitalité est légendaire...

Il y a plus de 400 ans, arrivant de France, nous étions accueillis par les peuples d'Amérique.

La liberté, le partage, les grands espaces font partie de l'héritage commun.

Notre présence - française et métissée - aura marqué à jamais les rives et les affluents du «fleuve géant».

Elle mérite d'être conservée, appréciée, enseignée.

Même conquis, nous avons su porter l'épée. Nous avons, surtout, porté la croix.

Pacifiques, rebelles à notre façon, nous avons jeté l'épée, puis remisé la croix.

Le coeur de la nation, s'éloignant de l'ancienne mère-patrie, restait français cependant...

Ces derniers siècles, d'autres ont pris place à notre table…

Des Européens, Africains, Antillais, Asiatiques, Américains…

Plusieurs ont voulu cheminer avec nous et sont maintenant chez eux, à notre table.

Notre aventure en Amérique est devenue la leur…

Ils ont compris ce que trop des nôtres semblent avoir oublié:

   - l'importance et l'attrait de notre petite nation encerclée… de son passé, son présent et son avenir...

   - l'actualité des valeurs de survivance, résistance, rébellion, liberté, laïcité, indépendance…

   - la beauté de la langue française, bien vivante dans notre riche répertoire musical et littéraire…

Ces anciens étrangers ont compris qu'ils étaient invités à notre table, pas nous à la leur.

Que les bras tendus en accueil étaient les nôtres…

Ils ont saisi ce que les «multiculturels» semblent incapables de saisir…

S'ouvrir collectivement à l'autre, c'est l'inviter à venir vers soi.

On ne fait pas preuve d'ouverture en souscrivant aux coutumes des autres, mais en conviant les autres à notre table…

Leur présence enrichira la nôtre et modifiera peu à peu la texture de la nation, sans en altérer le coeur et les valeurs.

Alors je leur lance cette intitation: venez casser la croute à la grande tablée de la Saint-Jean!

À la fin du repas et de la fête, si vous désirez toujours participer à notre aventure nationale, si vous choisissez de la faire vôtre, nous chanterons tous, toutes, sur un air connu:

«Ils sont des nôtres»…