vendredi 11 mai 2018

SOS Montfort? SOS Ontario français?


Y'a des sujets tabous chez les Franco-Ontariens... Avouer que les choses vont mal, très mal, en est un. Peut-être même le pire des tabous. On maquille allègrement les statistiques d''assimilation. On distribue généreusement les lunettes roses pour dissimuler les cieux d'orage. On multiplie les propos optimistes sur le dynamisme du présent et sur les brillants projets d'avenir... pendant que le sol se dérobe sous les pieds collectifs. Au lieu de dresser des barricades et lever les boucliers, on glisse en somnambules vers le gouffre!

Un exemple parmi d'autres? Le 14 avril 2018, le quotidien Le Droit révèle qu'à l'hôpital Montfort, symbole par excellence de la résistance franco-ontarienne, à peine 39% des patients hospitalisés demandent d'être servis en français (bit.ly/2ENWxNw]... Pire que cela, une infirmière (sous le couvert de l'anonymat et je la comprends...) affirme que l'anglais gagne du terrain au sein de l'administration, avec une infiltration croissante de notes de médecins en anglais, d'embauches de personnel anglophone et de formations unilingues anglaises. «On est en train d'en faire un hôpital anglophone», dit-elle.

Et ce n'est pas la première fois que circulent de telles affirmations. Dans un article de Philippe Orfali, publié dans Le Droit en novembre 2013 sous le titre L'anglais gagne du terrain à l'Hôpital Montfort, un professionnel de la santé (encore dans l'anonymat...) dénonçait l'introduction d'un nouveau logiciel unilingue anglais des dossiers médicaux. «Nous continuons à nous péter les bretelles avec la langue française quand en fait, la langue de travail devient de plus en plus l'anglais à Montfort.»

En mars 2015, toujours dans Le Droit (bit.ly/2Ino6Ql), le chroniqueur Denis Gratton racontait l'histoire d'un patient de Montfort, Collin Pigeon, qui n'arrivait pas à faire prononcer son nom en français par le personnel de l'hôpital. «Call-in Pidgeon, please...» Ayant refusé de se présenter tant qu'il ne serait pas appelé par son vrai nom, une infirmière l'a grondé... «On s'adresse de plus en plus aux gens en anglais et ça m'inquiète», devait ajouter M. Pigeon.

Denis Gratton en a rajouté dans sa chronique. Rappelant que sa conjointe s'était fracturée la cheville quelques mois plus tôt, on lui avait posé à Montfort une botte Aircast qu'il devait payer (ce n'est pas couvert par l'assurance-maladie). Se présentant à la vitrine avec la facture, le jeune préposé lui demande: «What can I do for you sir?» Est-ce un incident banal? Peut-être, avoue-t-il, mais - et c'est un gros mais - «on ne s'est pas battu pour ça»...

C'est un fait indiscutable - pour ceux et celles qui acceptent de voir la réalité en face - que l'Ontario français s'anglicise à un rythme alarmant, y compris dans la capitale fédérale où le taux d'assimilation dépasse les 30%... L'an dernier, le journaliste Sébastien Pierroz d'#ONfrI révélait (bit.ly/2rGrQpG) qu'à peine 6% des appelants au 3-1-1 d'Ottawa s'exprimaient en français, alors que les francophones forment plus de 16% de la population (ça, ce sont les chiffres inclusifs officiels... en réalité c'est environ 10%).

Cela signifie tout de même que la moitié des Franco-Ontariens d'Ottawa auront le réflexe de s'adresser en anglais au 3-1-1. Mais se peut-il que ce phénomène ne se limite pas à ce service municipal? L'an dernier, un article dans #ONfr notait qu'à Ottawa, les francophones n'ont pas toujours le réflexe de demander des services en français, pourtant disponibles, au palais de justice. En 2009, l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario avait dû lancer une campagne pour exhorter les francophones à se prévaloir de leurs droits et à utiliser les services en français existants... De toute évidence, ce problème est loin d'être réglé...

Revenant à Montfort, il est encore temps de sauver l'essentiel, si au moins quelque autorité se donne la peine de reconnaître qu'il existe un problème. Cet hôpital devant lequel flotte le drapeau franco-ontarien offre nécessairement des services bilingues avec 60% de patients «anglophones», mais la langue de travail et de l'administration demeure essentiellement le français. Il suffit de tendre l'oreille dans les bureaux et aux postes infirmiers sur les étages pour s'en rendre compte. Hé, on parle même français au Tim Hortons de l'établissement (un miracle à Ottawa). 

Pour protéger les acquis et qui sait, faire de nouveaux gains, l'existence d'une collectivité franco-ontarienne est un préalable. C'est bien évident, direz-vous... Mais la question se pose de plus en plus, du moins à Ottawa, avec la disparition des quartiers francophones traditionnels et la dispersion des parlant-français dans les secteurs à majorité anglaise. Selon Statistique Canada, près de 70% des jeunes Franco-Ontariens auront une ou un conjoint de langue anglaise, et 75% de leurs enfants ne parleront pas français. Faites les maths et que restera-t-il dans quelques générations?

On ne peut rien contre l'exogamie (on ne devrait pas s'y opposer non plus, l'amour étant plus fort que tout), mais on pourrait sans doute reconnaître davantage la gravité du problème culturel que cela cause et l'aborder de front... en public. Les écoles de langue française en sont rendues à faire ce qu'elles appellent de la «construction identitaire» avec les jeunes écoliers, c'est-à-dire essayer de les franciser. Et elles remportent un certain succès, tout au moins en s'assurant que la langue est transmise à une nouvelle génération.

L'ancien ministre fédéral Stéphane Dion déclarait en 2012 à un colloque sur la francophonie hors-Québec que le plus grand défi des collectivités minoritaires de langue française était l'exogamie. Je ne suis pas sûr qu'il ait raison. D'autres facteurs tout aussi importants sont en cause. De toute façon, on ne peut - et on ne devrait pas - s'opposer à l'exogamie. Il faudrait plutôt apprendre à vivre avec, sans que la langue française en soit trop souvent la victime. Là se trouve le défi...

De toute façon, l'anglicisation des Franco-Ontariens ne s'explique pas seulement par l'exogamie. Loin de là. Une proportion appréciable des foyers où les deux conjoints sont francophones s'anglicise aussi... Les statistiques de Montfort ne sont, de fait, que la pointe d'un iceberg qui touche l'ensemble de la collectivité francophone d'Ottawa, voire de l'Ontario français tout entier. Si le rythme de décroissance des demandes de services en français se maintient, on finira par se demander «si le nombre justifie» le maintien d'un hôpital de langue française à Ottawa...

Faudra-t-il de nouveau scander «S.O.S. Montfort», comme en 1997?







mercredi 2 mai 2018

«nous n'aurons été qu'une page blanche de l'histoire»...


Au moment où
le Parti Québécois et Québec Solidaire mènent une lutte fratricide;
le Bloc québécois se désagrège sous les yeux de tous, sur la place publique;
les injures répandent une odeur de putréfaction dans les médias sociaux;
les dénonciations assourdissent les loyautés;
notre langue s'effrite dans la métropole où aurait dû battre le coeur de notre pays;
le décrochage scolaire et l'analphabétisme rongent nos élans culturels;
les rapaces de toujours rôdent autour d'une nation gangrenée, anxieux de nous achever,

je n'ai en tête que ce fragment de poème prophétique de Paul Chamberland, publié en 1964 aux Éditions Parti Pris...

«À ceux qui t'accuseront d'emboucher les trompettes patriotiques tu répondras qu'un pays de mauvais aloi est ton mal et ta mort

est-ce ma faute à moi si je souffre d'une terre à naître 
d'une terre occupée
d'un mal qui est le bien des autres
d'une mort qui nourrit la vie des autres

oui je sais     les vraies blessures ont la noble démesure d'un vin malheureux   elles sont belles elles émeuvent et nos blessures sont grises muettes  elles sonnent faux

est-ce ma faute à moi si nous mourons de vivre à demi et si notre malheur est la demi-vérité de notre confort

nous n'aurons même pas l'épitaphe des décapités des morts de faim des massacrés nous n'aurons été qu'une page blanche de l'histoire

même chanter notre malheur est faux   d'où lui tirer un nom une musique

qui entendra nos pas étouffés dans l'ornière américaine où nous précède et déjà nous efface la mort terrible et bariolée des peaux-rouges

en la ruelle Saint-Christophe s'achève un peuple jamais né une histoire à dormir debout un conte qui finit par le début

il était une fois... et nous n'aurons su dire que le balbutiement gêné d'un malheureux qui ne sait nommer son mal

et qui s'en va comme un mauvais plaisant honteux de sa souffrance comme d'un mensonge»...


Demain, peut-être, ça ira mieux... Je demeure un espérant... Mais, en attendant...




lundi 30 avril 2018

Avec des amis comme le Barreau du Québec et le Barreau de Montréal, la langue française n'a guère besoin d'ennemis


Avec des amis comme le Barreau du Québec et le Barreau de Montréal, la langue française n'a guère besoin d'ennemis ces jours-ci... Les Anglo-Québécois, en supposant qu'un jour ils eussent voulu contester la constitutionnalité des lois québécoises pour carence de bilinguisme, n'auront même pas à lever le petit doigt. Les dirigeants de notre élite juridique «francophone» ont pris les devants, s'érigeant, comme de véritables colonisés, en protecteurs de la langue anglaise au Québec.

Ce plus récent chapitre de notre désolante saga linguistique tourne autour de l'article 133 du vétuste Acte de l'Amérique du Nord britannique, une loi adoptée par le Parlement britannique en 1867 et dont seule la version anglaise est officielle. Cet article, dont l'un des objets évidents est de protéger la minorité anglo-québécoise contre toute velléité d'affirmation de la majorité francophone, affirme que «les lois du Parlement du Canada et de la législature de Québec devront être imprimées et publiées dans les deux langues». On ajoute que l'usage du français et de l'anglais sera également obligatoire pour «la rédaction des archives, procès-verbaux et journaux de ces chambres». Quant au reste, l'emploi de l'une ou l'autre langue demeure facultatif.

Dans la version originale de la Loi 101 (Charte de la langue française), en 1977, les articles 8, 9 et 10 se lisaient comme suit:

8. Les projets de loi sont rédigés dans la langue officielle. Ils sont également, en cette langue, déposés à l'Assemblée nationale, adoptés et sanctionnés.
9. Seule le texte français des lois et règlements est officiel.
10. L'Administration imprime et publie une version anglaise des projets de lois, des lois et des règlements.

Même si ce texte respecte scrupuleusement la lettre de l'article 133, sa légalité a été presque immédiatement mise en cause et dans son arrêt Blaikie de 1979, la Cour suprême du Canada l'a déclaré inconstitutionnel. Pour ce faire, elle a modifié le sens littéral de l'article 133, affirmant que l'obligation d'imprimer et publier les lois dans les deux langues conférait à l'anglais «un statut officiel» au Québec. Le gouvernement Lévesque avait modifié par la suite la Loi 101 pour se conformer au jugement de la Cour suprême, mais le Barreau estime que le processus législatif actuel reste trop francophone et continue de violer l'esprit de l'article 133... Ainsi, estiment nos juristes, toutes les lois adoptées en vertu de cette procédure doivent être jugées inconstitutionnelles !!!

À ceux et celles qui oseront rappeler à nos frileux barreaux et aux neuf magistrats «suprêmes» (tous nommés par le premier ministre fédéral) que l'article 133 mentionne l'obligation des deux langues seulement pour l'impression et la publication des lois, rien de plus, on répondra sans doute que la Cour avait précisé dans Blaikie que «si l'on donne à chaque mot de l'art. 133 toute sa portée, il devient évident que cette exigence (du statut officiel des deux langues) est implicite».

Évident pour qui? Pour le plus haut tribunal du Canada, qui troque la lettre de l'AANB pour sa propre perception de «l'esprit» de cette loi, un esprit qu'on va chercher où? Dans la tête des législateurs britanniques de 1867 ou des Pères de la Confédération, qui ne sont plus là pour s'expliquer? Ou dans la nécessité de remettre à sa place un gouvernement indépendantiste et de redonner aux Anglo-Québécois leur blindage solide?

Vous croyiez que les tribunaux s'en tenaient au texte de la loi? Détrompez-vous! Nos juges fédéraux en mènent large, et encore davantage depuis qu'on nous a imposé la Loi constitutionnelle de 1982. Ils sont devenus les arbitres des litiges constitutionnels et puisent un peu partout les arguments sur lesquels seront édifiés leurs décisions. Ainsi, dans le Renvoi sur la sécession de 1998, ils avaient clairement évoqué certaines des règles constitutionnelles «non écrites» dont ils tiennent compte, y compris le «contexte historique» et le «respect des minorités». Un véritable champ de mines...

Nos barreaux pourraient invoquer des tas d'arguments pour défendre la Charte de la langue française (même l'originale) et le statut de la langue française à l'Assemblée nationale. Au-delà de l'iniquité d'être jugés par des magistrats nommés par l'adversaire (et qui ont depuis 1982 des pouvoirs accrus), notre élite juridique aurait pu faire valoir, entre autres, que le respect des minorités francophones ailleurs au pays n'a jamais été aussi «implicite» que celui de la minorité anglaise du Québec.

À preuve, la décision relativement récente sur le statut de la langue française en Alberta et en Saskatchewan, où le jugement de la Cour suprême contre les francophones avait des allures plus politiques que juridiques... Cette fois, parce que les droits des francophones n'étaient pas expressément inscrits et définis dans la Constitution, l'esprit de la loi ne comptait plus... Au Québec, le statut officiel de l'anglais, autre que pour l'impression et la publication des lois, ainsi que pour les journaux et procès-verbaux de l'Assemblée nationale, n'était pas, lui non plus, explicite...

Les dirigeants du Barreau auraient même pu conseiller au gouvernement québécois (pas celui de Philippe Couillard, peut-être son successeur) de réadopter le texte original des articles 8, 9 et 10 de la Loi 101 pour que la Cour suprême soit appelée à les juger de nouveau. Dans nombre de cas, à mesure que la société, les moeurs, les opinions et le contexte politique changent, le plus haut tribunal du Canada a renversé ou modifié de vieilles décisions ne correspondant plus à l'humeur de l'époque. Le climat de 2018 est-il suffisamment différent de celui de 1979?

La mission du Barreau étant de protéger le public, il pourrait aussi nous mettre en garde congre ces magistrats qui, à l'occasion, se substituent aux législateurs. Dans un appel récent de la ville de Gatineau, le juges Jean-Yves Morissette a décrété que l'article de la Loi 101, tel qu'écrit, ne correspondait pas vraiment à l'intention de l'Assemblée nationale en 1977. Alors que le texte stipule qu'un employeur peut exiger la connaissance de l'anglais pour un poste seulement quand l'accomplissement de la tâche le «nécessite», ce juge de la Cour d'appel (encore un juge fédéral) a décidé qu'en réalité «nécessaire» signifiait «souhaitable», annulant à toutes fins utiles la valeur de l'article et ouvrant la porte à la généralisation du bilinguisme en milieu de travail. Où était le Barreau et où sera-t-il si l'affaire aboutit en Cour suprême?

Revenant au processus de préparation et d'adoption des lois, le Barreau prétend qu'il est «pratiquement unilingue» français avec une traduction à la fin. Cela n'est-il pas normal dans un État où le français est la seule langue officielle et où tous les parlementaires peuvent écrire et s'exprimer en français? En quoi cela viole-t-il le BNA Act (la version anglaise étant l'officielle) si les lois québécoises sont finalement imprimées et publiées dans les deux langues? Pense-t-on vraiment qu'au fédéral, où la fonction publique est tellement anglicisée que les francophones s'y assimilent à tour de bras, ces mêmes processus fonctionnent à égalité et en parallèle en français et en anglais? J'ai peine à le croire...

Comment expliquer qu'à Ottawa, avec des tonnes de juristes et 337 parlementaires au boulot, il y ait encore des lois importantes, y compris la Loi constitutionnelle de 1982, avec des différences de sens entre les versions anglaises et françaises? Un simple petit mot, «de», absent du texte anglais de l'article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, a valu aux francophones hors Québec le plein contrôle de leurs réseaux scolaires de langue française! En anglais, l'article 23 mentionne les «minority-language educational facilities». En français, le texte évoque les «établissements d'enseignement de la minorité linguistique». Les juges de la Cour suprême ont décidé que le texte français était moins ambigu que l'anglais, et donc, que ces établissements n'étaient pas seulement «pour» la minorité linguistique, mais «de» la minorité linguistique..

Des juristes francophones combatifs étaient montés au front pour défendre la francophonie hors Québec. Je n'aurais pas voulu voir les dirigeants actuels des barreaux de Québec et de Montréal en première ligne à Saint-Denis ou à Saint-Eustache en 1837. Il n'y aurait jamais eu de combat. Ces «braves» auraient pactisé avec l'ennemi britannique avant même d'être attaqués...

Heureusement des avocats et avocates québécois semblent voir monter aux barricades contre leurs propres barreaux. Une vingtaine d'entre eux ont signé une lettre publique, publiée dans Le Devoir (bit.ly/2Hm0WJE), pour exiger que leurs dirigeants fassent marche arrière... C'est un début.

NB. Je ne suis pas un avocat, mais un journaliste... Je me suis limité à ce qui me semblait être le gros bon sens en tentant cette analyse. Probablement la mauvaise approche...




mardi 10 avril 2018

Les Franco-Ontariens se sont fait enfirouaper...

Image du site Web de l'Université de l'Ontario français


Si ce n'était pas si tragique, ce serait presque comique. Un tour de magie du gouvernement ontarien! Dans le chapeau des prestidigitateurs de Queen's Park, on met un vaste projet d'université pan-ontarienne de langue française, et pouf! il en ressort un tout petit mini-campus (aura-t-il même un bâtiment?) dans la région de Toronto... Pire, d'un coup de baguette additionnel ils réussissent à faire croire à l'ensemble des médias et des Franco-Ontariens qu'il s'agit bien de «l'Université de l'Ontario français» qu'on réclame depuis plus d'un demi-siècle...

On dirait que les francophones de l'Ontario se sont encore une fois fait «enfirouaper» par leurs «amis» politiques. Mais ce qui m'attriste le plus, c'est qu'ils semblent applaudir leur propre défaite bit.ly/2qjCsJM). Le gouvernement Wynne avait pourtant mis cartes sur table en 2014 quand il avait annoncé la formation d'un conseil de planification pour la future université franco-ontarienne. Il n'y aurait là-dedans rien de plus que des «mesures pour faciliter l'accès à l'éducation post-secondaire en français dans le centre et le sud-ouest de l'Ontario», c.-à-d. le corridor Toronto-London-Windsor.

Au début de 2017, déçus par ce détournement de projet, les trois organismes qui pilotent la cause d'une université de langue française - le RÉFO (Regroupement des étudiants franco-ontariens), la FESFO (Fédération de la jeunesse franco-ontarienne) et l'AFO (organisme parapluie de la collectivité franco-ontarienne) - ont rappelé avec énergie qu'ils voulaient un réseau universitaire complet, «par et pour» les francophones, un réseau qui régirait l'ensemble de l'offre universitaire, y compris celle des deux grandes universités bilingues, l'Université d'Ottawa et l'Université Laurentienne, où sont inscrits la grosse majorité des étudiants franco-ontariens qui poursuivent leurs études universitaires en français.

Ce fut le dernier sursaut, la dernière étincelle... Le dommage était déjà fait dans les médias, qui n'ont jamais très bien compris l'énorme fossé entre le projet RÉFO-FESFO-AFO et les pinottes offertes par Queen's Park. Dans l'ensemble de la presse écrite et des médias électroniques, du moins ceux qui se sont intéressés à cette historique revendication franco-ontarienne, il existe une confusion à peu près totale parce que peu de journalistes ont suivi le dossier depuis 2012, l'année du début de mobilisation du RÉFO. Pour les salles de rédaction, l'Université de l'Ontario français, c'est désormais le petit campus torontois, rien de plus...

Cette semaine, pour clouer le cercueil, le gouvernement Wynn a annoncé les membres du tout premier «Conseil des gouverneurs» du campus torontois alias Université de l'Ontario français. Radio-Canada faisait remarquer qu'aucun représentant du nord et de l'est de la province n'y siège, situation qu'a déplorée la députée néo-démocrate de Nickel Belt, France Gélinas... Pas surprenant, a répondu pour une nième fois la ministre des Affaires francophones, Marie-France Lalonde, «c'est un projet qui va se trouver dans le Centre-Sud-Ouest pour répondre à la demande de la communauté». Hé, le monde, c'est un projet local de la région torontoise. N'allez surtout pas mêler à ça les plus importants pôles universitaires de l'Ontario français...

Alors globalement tout le monde se dit heureux, même s'il y a des bémols ici et là. Le président de la FESFO y est allé d'un commentaire fort opportun, le seul du genre que j'ai trouvé: «Nous voulions depuis très longtemps une entité qui reflète l’ensemble de la province. Sans un conseil des gouverneurs provincial, ça devient difficile de représenter tous les Franco-Ontariens.» En effet!!! Pour sa part, le président de l'AFO, Carol Jolin, a dit espérer un développement de campus satellites dans d'autres régions de l'Ontario... 

La morale de cette histoire? Les deux monstres bilingues anglo-dominants d'Ottawa et de Sudbury, influents à Toronto, ont facilement écrabouillé une revendication historique tout à fait légitime des Franco-Ontariens: leur propre réseau universitaire, comme celui que les Anglo-Québécois ont toujours eu... C'est un scandale public, qui laisse indifférent l'ensemble de la presse anglophone et francophone (sauf quelques exceptions)... 

À moins d'une mobilisation de masse chez les étudiants franco-ontariens (sait-on jamais?), il ne reste qu'une stratégie: plusieurs neuvaines à St-Jude...




dimanche 8 avril 2018

Le Plan d'action fédéral sur les langues officielles... L'absence des médias...

Titre fantaisiste du Journal de Montréal. Il y a beaucoup de $ pour les Anglo-Québécois...


Comme d'habitude, la stratégie fédérale en langues officielles, un opus quinquennal qui sert essentiellement à renflouer les coffres d'organismes en milieu minoritaire et à envahir sans vergogne les compétences provinciales en éducation, en santé et en culture, a reçu une attention plus que mitigée des grands médias, francophones comme anglophones, lors de son dévoilement, fin mars.

Heureusement que la journaliste Mylène Crête, de la Presse canadienne, a pondu un texte relativement complet sur l'annonce de ce «Plan d'action pour les langues officielles 2013-2018» du gouvernement Trudeau, parce que l'immense majorité des quotidiens n'avaient affecté aucune ressource maison à cette couverture, pourtant fondamentale en matière de «bilinguisme» au sein de la fédération canadienne.

Le texte de Mme Crête a été reproduit dans Le Devoir, La Presse, Le Droit, Métro et je ne sais combien d'autres médias, qui n'ont pas jugé cette question suffisamment importante - ou trop compliquée - pour assurer une rédaction à interne. Le Journal de Montréal a également publié un court texte d'agence (QMI) avec un titre fantaisiste. Radio-Canada et TFO ont nettement assuré les meilleurs suivis. Je n'ai vu qu'un éditorial dans un quotidien, celui de Pierre Jury dans Le Droit.

Et comme c'est le cas dans la plupart des «feuilles de route» complexes, ce qu'on ne dit pas est souvent plus important que ce que l'on énonce clairement. J'ai tenté un simple exercice en épluchant le document de Patrimoine canadien intitulé Plan d'action pour les langues officielles 2018-2023: Investir dans notre avenir: essayer de savoir quelle proportion des 2,7 milliards de dollars du programme était destinée aux francophones hors Québec, et quelle part était réservée aux Anglo-Québécois...

Après avoir épuisé mes limites en additions, soustractions, multiplications et divisions plutôt confuses, j'ai fait ce que font sans doute de nombreux journalistes. J'ai téléphoné à l'équipe médias du ministère de Mélanie Joly et leur ai posé la question directement. On m'a demandé de formuler la question par écrit et de la leur expédier par courriel, ce que j'ai fait promptement, me disant qu'avec leurs puissants logiciels, un ordinateur ne tarderait pas à cracher la réponse.

Le lendemain, Patrimoine canadien m'a adressé ce nébuleux courriel. Je reproduis ici ma question et la réponse reçue:

Question: «Dans la première année (2018) du Plan d’action, est-il possible de savoir quels montants ou quelle proportion du total sont dirigés vers:
1) la francophonie hors-Québec
2) les Anglo-Québécois

Réponse: Il n’y a pas de règle générale, ou absolue, qui dicte le partage des sommes entre les communautés.  Selon des différents volets de programme, les ressources sont attribuées en se fondant sur l’historique de développement du réseau communautaire, l’évolution des besoins et les retombées attendues des investissements fédéraux.»

Vous y avez compris quelque chose? Moi pas... Je serais prêt à croire que cela pourrait avoir été rédigé par Mélanie Joly elle-même tellement le sens est obscur. Aurait-on offert une réponse aussi indigeste à un scribe de la Presse canadienne, de La Presse, du Devoir, du Journal de Montréal, de la Gazette ou du Globe and Mail? J'ai peine à la croire, mais je vais tout de même accorder le bénéfice du doute à Patrimoine canadien. Donc, ils n'en savent rien et n'ont aucun moyen de savoir... Ce n'est pas rassurant.

La réalité, la réalité crue, c'est qu'au Canada (et ici j'inclus le Québec), une seule langue décline: le français. Elle chambranle au Québec, se fait bousculer au Nouveau-Brunscick, mange des claques solides en Ontario et agonise ailleurs au pays. Au Québec, entretemps, l'anglais fait des gains partout, même chez les francophones. Mais cette situation ne correspond pas à la mission de Patrimoine canadien, qui persiste à vouloir mettre sur un pied d'égalité les difficultés rencontrées par les francophones hors Québec et les Anglo-Québécois.

Alors, sans que les savants bonzes de Patrimoine canadien ne puissent nous donner des montants même approximatifs, le Plan d'action pour les langues officielles prévoit des sommes importantes pour soutenir des réseaux anglophones déjà surfinancés au Québec et même, pour accélérer l'apprentissage de l'anglais chez les Franco-Québécois. Combien, exactement? Impossible de le savoir, mais une chose est sûre: rien n'est prévu pour protéger le français, pourtant une langue officielle, sur le territoire québécois...

L'argumentaire de Patrimoine canadien pour soutenir les Anglo-Québécois est faible au point d'être risible, mais quand on n'a que ça, il faut s'en servir. Devant le déclin dramatique de la francophonie hors Québec (de 6,1% en 1971 à 3,0 en 2036 selon les prévisions) et la stagnation, voire le déclin, du taux de bilinguisme chez les Anglo-Canadiens, tout ce qu'on trouve comme problème pour les anglophones du Québec, c'est ce qui suit: «Les membres des communautés anglophones du Québec, notamment ceux vivant à l'extérieur du Grand Montréal, ont mentionné les défis particuliers que présente le maintien d'une vie communautaire.» Il faut du culot pour mettre une telle insignifiance en parallèle avec la menace d'extinction de la francophonie dans plusieurs provinces anglaises.

Si au moins ces minuscules collectivités anglophones hors-Montréal étaient véritablement en danger, on pourrait s'émouvoir un brin... Mais c'est faux! Dans des municipalités comme New Carlisle (Gaspésie), Grosse-Île (Îles de la Madeleine), Blanc-Sabon (Basse-Côte-Nord), Bristol et Clarendon (Pontiac), mentionnées comme exemple, ce sont les francophones qui se font assimiler. Les recensements de 2011 et de 2016 sont très clairs là-dessus. Les politiciens et commentateurs ne se donnent même pas la peine de vérifier les données du recensement, seuls indicateurs fiables de la dynamique linguistique de ces régions québécoises.

Le Québec offre aux anglophones des services de santé en anglais immensément supérieurs àa ceux que proposent les provinces anglaises dans des régions où les collectivités francophones représentent une infime minorité de la population. Pourtant, le Plan d'action sur les langues officielles présente «une augmentation du financement à hauteur de 3,5 millions de dollars sur cinq ans sera fournie au Réseau communautaire de santé et de services sociaux pour l'ajout de 3 nouveaux réseaux de santé anglophones aux 20 réseaux existants et de 10 réseaux satellites dans les régions rurales et éloignées du Québec qui ont peu d'accès ou n'en ont aucun. L'élargissement des réseaux permettra de couvrir des régions telles que le Saguenay-Lac-Saint-Jean, la Mauricie-Centre-du-Québec, et Montérégie-Centre».

Dans une région comme le Saguenay, les anglophones représentent à peine 1% de la population... Dans une municipalité hors Québec où les francophones formeraient 1% de la population, on ne songerait même pas offrir des services en français... On s'attendrait, normalement, que les francophones puissent communiquer en anglais, langue commune d'une province anglophone. Au Québec, dans les régions où les anglophones affichent une présence marginale, il serait tout aussi normal pour eux d'utiliser la langue commune, le français, et non se faire subventionner pour imposer l'anglais à la majorité.

Près de 20% (235 millions $ pas année) des fonds du Plan d'action pour les langues officielles sont destinés à l'apprentissage de «la langue de la minorité» ou de «la langue seconde». Au Québec, cela signifie qu'annuellement, quelque 46 millions de dollars sont affectés à la promotion de l'anglais pour les anglophones (qui n'en ont pas besoin) et plus de 18 millions au perfectionnement en anglais des francophones (qui n'en ont surtout pas besoin). Plus de 320 millions $ sur cinq ans pour contribuer à l'anglicisation du Québec, alors que la langue officielle menacée, c'est le français... Incroyable!

Est-ce trop espérer que nos grands médias finissent par faire leur boulot, et fouiller cette affaire de façon à faire comprendre les chiffres et les enjeux à leurs lecteurs et auditeurs? Ou est-ce plus simple de laisser une journaliste de l'agence Presse canadienne rédiger un texte que tous utiliseront, plus ou moins, pour ensuite enterrer la question jusqu'au prochain Plan d'action en 2023? Les francophones du Québec et d'ailleurs au Canada méritent mieux...











mardi 13 mars 2018

Le racisme du Canada anglais...

Le comble de l'ironie... Air Canada célébrant la francophonie en bilingue...


Assez! Assez! Assez! J'en ai marre de voir dans les médias anglo-canadiens, année après année, des accusations de racisme et de xénophobie à l'endroit de notre petite nation francophone au Québec. Rétablissons les faits une fois pour toutes! Nous ne sommes pas racistes, nous sommes victimes de racisme! En dépit d'une lutte sans répit pour notre survie depuis 250 ans, dans un continent où nous sommes une infime minorité, nous avons toujours su être accueillants envers les nouveaux arrivants qui voulaient s'associer à notre cheminement historique.

Les racistes et xénophobes, ce sont ces gens qui détestent notre identité et tentent de nous salir, voire nous rayer de la carte. Le raciste, au sens strict, se considère supérieur aux autres races, vues comme inférieures. Les périodes d'esclavage et d'apartheid aux États-Unis relèvent de ce type de racisme. Dans un sens élargi, un raciste peut se considérer supérieur aux membres d'autres collectivités et nations, envers lesquelles il manifeste intolérance et haine. La persécution des Canadiens français par les Britanniques et Anglo-Canadiens depuis la conquête constitue un cas tout à fait probant.

Vous voulez des preuves? Replongez dans nos manuels d'histoire. Du génocide acadien amorcé en 1755 aux crimes contre l'humanité commis par l'armée britannique contre les Patriotes, du mépris de Lord Durham à l'abolition des écoles françaises dans toutes les provinces à majorité anglophone, du quémandage incessant de droits linguistiques aux luttes tout aussi incessantes devant les tribunaux pour les faire valoir, de la haine des anciens Orangistes aux injures constants d'une frange importante de l'opinion publique contemporaine de langue anglaise (ici j'inclus toutes les minorités, visibles ou pas, qui ont adopté les valeurs anglo-canadiennes), on n'a jamais cessé de nous rappeler de façon vexatoire notre état de vaincus, de minoritaires, d'inférieurs...

En ce début de 21e siècle, partout au Canada, une colère haineuse contre les francophones en général et les Québécois en particulier se transforme trop souvent en délire dans les pages de commentaires des grands médias sur le Web. Les calomnies les plus outrancières à notre endroit y passent comme un couteau dans le beurre, alors que de tels propos, s'ils étaient dirigés contre une minorité ethnique, raciale ou religieuse, auraient vite été censurés... et les menaces portées à l'attention de la police. Cela s'appelle, au Canada anglais, le multiculturalisme...

Mais cette violence verbale ne provient pas seulement des lecteurs et auditeurs de ces médias. L'ensemble des journaux et réseaux de télévision du Canada anglais nous doit un sérieux mea culpa et des excuses officielles pour les mensonges publiés depuis 200 ans à notre endroit. Ce constat a été fait par de nombreux journalistes et historiens, y compris certains anglophones. Je cite à titre d'exemple cet éditorial de mars 1969 de la revue Maintenant (fondée par les Pères Dominicains): «De l'Atlantique au Pacifique, les journaux anglo-canadiens, à quelques exceptions près, entretiennent un réseau serré d'hostilité envers le Québec, envers notre pays d'origine, envers l'une des deux cultures nationales. La francophobie de cette presse monolithique est parfois presque aussi virulente et aberrante que l'antisémitisme de l'Allemagne à l'époque du nazisme.»

Au fil des siècles, au Canada anglais, on a beaucoup trop souvent diabolisé la langue française et depuis une cinquantaine d'années, on a littéralement déshumanisé les Québécois nationalistes et séparatistes. Tous les coups sont permis, la saison de chasse est toujours ouverte. On met 500 innocents en prison pendant la crise d'octobre? Le Canada anglais applaudit. Après tout, ce ne sont pas à proprement parler des humains de même niveau. Ce sont des séparatistes. Et il y a eu cette couverture insidieuse de la crise d'Oka en 1990, juste après l'échec de Meech. Je me souviens encore d'une journaliste vedette du réseau CBC qui posait à un Anglo-Québécois ce genre de question qui invite la réponse recherchée: «Si les Québécois (francophones) traitent ainsi les Autochtones, comment pensez-vous qu'ils vont vous traiter dans un Québec indépendant?» Je vous laisse deviner la réponse. La journaliste était ravie.

Cette semaine, encore, la chroniqueuse Lise Ravary (bit.ly/2tA712z) se disait en état de choc après avoir participé à un panel organisé par la radio de CBC où des journalistes et des membres du public étaient invités à raconter des anecdotes qui feraient la preuve du racisme des Québécois. C'est en plein le genre de truc que les médias anglos adorent... mettre en scène des minorités, souvent en voie d'anglicisation, pour démontrer au pays à quel point le Québec persécute tous ceux qui ne sont pas de vieille souche française... Le Canada anglais se dit fier de son multiculturalisme soi-disant tolérant, mais la réalité c'est que ces minorités visibles ou pas, en s'intégrant à la société anglo-dominante qui les entoure, adoptent à la fois la langue anglaise et les valeurs anglo-canadiennes, y compris les attitudes de supériorité et mépris envers Québécois et francophones...

Qu'ils aient l'anglais comme langue maternelle ou langue d'adoption, qu'ils soient de vieille souche britannique, d'anciens francophones assimilés, de races ou d'ethnies différentes, de religions ou cultures variées, cela a peu d'importance. Face à nous, francophones du Québec, ils adoptent des comportements similaires. Blancs, Noirs, Asiatiques, Européens, Africains, protestants, musulmans, catholiques, juifs, athées? Je vois peu de différences. Pour moi, ce sont tous des Anglais... et je sais quel sort ils nous réserveront si jamais ils finissent par former la majorité au Québec.... Ça va être laid... Une chose est sûre: on ne pourra plus jamais exiger de commander un 7up en français dans un avion d'air Canada...

Vous trouvez que je généralise? Que j'exagère un peu? Que je suis injuste envers tous ces anglophones parfois francophiles? Je l'avoue, je généralise, j'exagère (un tout petit peu), je suis injuste (un tout petit peu). Je leur dois bien ça aux Anglais, ils le font constamment avec nous. Et en terminant, si on veut compiler les victimes du racisme dans ce beau et grand bilingue pays, nous arriverons en tête de liste. De très loin. Et depuis très longtemps.



jeudi 22 février 2018

Les mêmes chicanes depuis longtemps...

Durant les années 1960 et 1970, les kiosques proposaient une variété de revues à l'image du bouillonnement culturel et politique de l'époque. J'ai tiré une dizaine de citations de la revue Maintenant, dirigée par des prêtres de l'Ordre des Dominicains, dans des numéros publiés entre 1969 et 1972. On peut constater que les thèmes restent d'actualité, près d'un demi-siècle plus tard...

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«Le premier ministre Trudeau avait déclaré que le problème de l'unité canadienne était désormais une affaire réglée. Le pays s'était engagé dans la voie attirante du multiculturalisme et du bilinguisme. Le séparatisme était agonisant.»

Justin en 2018.? Non, Pierre Elliott en 1972, propos rapportés dans la revue Maintenant (numéro de décembre 1972). Comme quoi les choses ne changent pas toujours...

Qui se souvient? Une pub qu'on ne verra plus... automne 1972...
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«Vu la disproportion des forces en présence, le bilinguisme qui ne présente aucun danger pour la survie de l'anglais constitue, pour les francophones, la voie royale qui mène à l'assimilation.»

Un texte sur le recensement de 2016? Non, un texte signé Jules Tessier (Comment le bilinguisme mène à l'assimilation) dans la revue Maintenant, numéro d'avril 1972


«Quand on fait du syndicalisme, on n'a pas à pousser à la grève des ouvriers qui n'ont pas envie de la faire, ou qui ont peur de la faire. On n'a pas non plus à empêcher de faire la grève les ouvriers qui sont décidés à la faire.»

Le syndicaliste Michel Chartrand, de la CSN, cité dans la revue Maintenant d'octobre 1971.
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«Au Canada anglais, il semble que la cote de popularité de M. Trudeau va se maintenir à la hausse. Il a tenu sa promesse de répondre avec vigueur au séparatisme. Qu'il y réponde en faisant fi des lois mêmes qui sont à la base des libertés constitutionnelles, cela ne semble pas important...»

George P. Grant, de l'Université McMaster de Hamilton, auteur de Lament for a Nation, commentant la crise d'octobre dans la revue Maintenant, numéro de mai 1971

Le numéro sur la crise d'octobre 1970

«Sous prétexte des événements actuels (la violence du FLQ), le pouvoir établi se sert de la force policière pour réprimer toute forme d'opposition venant de gens qui travaillent déjà à transformer la société par des voies démocratiques.»

Signature collective (dont Guy Rocher) du 31 octobre 1970, publiée dans la revue Maintenant.
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«Et à force d'avoir pris en haine toutes les servitudes, nous serons devenus des bêtes féroces de l'espoir.»

Gaston Miron, cité dans la revue Maintenant de janvier 1971.
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«On parle de légaliser la marijuana. L'opiomanie, le cannabisme, la cocaïnomanie, les polyintoxications laissent entrevoir le jour où, dans une catégorie de restaurants, à côté de la salière, des petits pots contiendront LSD, marijuana, haschisch, etc... au choix du client. Allongé à la romaine, pourquoi pas?»

Claude-Gérard Sarrazin, dans un texte de Maintenant (avril 1970) sur la pollution par la cigarette.
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...le Parti Québécois à la veille de sa première élection générale

«Le nationalisme québécois, celui qui sert d'inspiration au programme du PQ, possède une fonctionnalité profonde qui est de restituer aux Québécois le sens d'une patrie, de leur ouvrir toutes les occasions possibles de s'affirmer sur le plan national et international, de faire une nation moderne d'un territoire encore en proie aux contraintes d'une domination coloniale.»

Texte collectif dans la revue Maintenant de mars 1970 (avant l'élection du 29 avril). Ce texte vaut toujours en 2018...

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L'unilinguisme français au Québec? «Si c'est cela faire montre de racisme, tous les peuples en sont coupables qui exigent qu'on parle chez eux leur propre langue. Et les neuf autres provinces nous ont indiqué la voie il y a longtemps. Je vois mal qu'on puisse considérer comme du fanatisme le refus de se suicider...»

Le romancier et journaliste André Langevin, dans la revue Liberté (1964) cité dans Maintenant, numéro de décembre 1969. Et cinquante-quatre ans plus tard?

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«De l'Atlantique au Pacifique, les journaux anglo-canadiens, à quelques exceptions près, entretiennent un réseau serré d'hostilité envers le Québec, envers notre pays d'origine, envers l'une des deux cultures nationales. La francophobie de cette presse monolithique est parfois presque aussi virulente et aberrante que l'antisémitisme de l'Allemagne à l'époque du nazisme.»

Éditorial de la revue des Dominicains, Maintenant, en mars 1969. S'ils avaient pu lire les commentaires tout aussi francophobes qu'on voit aujourd'hui dans les médias sociaux...

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Amen...