mercredi 22 novembre 2017

Université de l'Ontario français... les trois murs...



Le projet d'université franco-ontarienne vient de frapper un mur bétonné...

Que dis-je, deux ou trois murs bétonnés...

Pour abattre ces murs, j'ai la conviction qu'avoir raison ne suffira pas... Loin de là...

Les promoteurs de la future «Université de l'Ontario français» auront besoin de puissants béliers...

Qu'ils n'ont malheureusement pas... du moins, pour le moment...

Faisons le point...

D'abord les murs:

Premier mur...
Pendant que la ministre Marie-France Lalonde qualifie «d"historique» l'annonce d'un campus universitaire de langue française à Toronto, et qu'elle lui donne le titre ronflant d'«Université de l'Ontario français» (UOF), les trois organismes qui revendiquent depuis 2012 un post-secondaire sous gouvernance francophone* lui rappellent que l'objectif visé est provincial et doit englober TOUS les programmes universitaires, même ceux des grandes institutions bilingues (Ottawa, Laurentienne)... Dans cet esprit, la petite Université de l'Ontario français devra prendre en main les programmes de langue française du collège Glendon de l'Université York, à Toronto. Un petit pas, quoi...

La réaction des principaux acteurs a été foudroyante. Une fin de non-recevoir sur un ton qui n'invite pas la réplique. La ministre Marie-France Lalonde s'est dite surprise de cette demande, qu'elle carrément qualifiée «d'attaque» contre le collège Glendon, où l'on offre un enseignement de qualité. Quand au principal de Glendon, Donald Ipperciel, non seulement refuse-t-il de transférer ses programmes francophones à l'UOF, mais il affirme qu'à Toronto, la grande majorité des francophones veulent une éducation bilingue... Une université française ne les intéresse même pas... Et vlan!

Imaginez la cinglante réponse de l'Université d'Ottawa, si jamais on lui formule une telle demande...

Alors ce premier mur, c'est ce «NON» catégorique à la principale revendication du RÉFO, de la FESFO et de l'AFO: la gouvernance franco-ontarienne du post-secondaire de langue français, ce qu'on appelle «le par et pour», c'est-à-dire des institutions universitaires et collégiales contrôlées par les francophones et conçues pour les francophones... Hé les tit-gars, les tites-filles, vous aurez votre petit campus à Toronto avec ses 20 profs et 300 étudiants... Dites merci et fermez-la !!!

Deuxième mur...
À lire les comptes rendus médiatiques et les commentaires des politiciens à Queen's Park, il existe un mur d'incompréhension entre les promoteurs de l'université franco-ontarienne et leurs interlocuteurs dans les médias et à l'Assemblée législative ontarienne. «Nous avons déposé un projet de loi, la semaine dernière, pour créer une université de langue française (à Toronto) avec une gouvernance par et pour les francophones pour bonifier l’offre de service et c’est ce que l’on a entendu depuis plusieurs années», a déclaré Mme Lalonde. Une université provinciale, une gouvernance provinciale? Connais pas... De toute évidence, ou elle elle n'a pas suivi le dossier, ou on le lui a mal expliqué, ou elle suit la ligne du parti et simule l'incompréhension...

Une chose est sûre... Si elle et ses collègues se sont abreuvés aux reportages médiatiques, ils ont été généralement mal ou peu (ou pas) informés (sauf peut-être à TFO et Radio-Canada, qui ont offert une couverture moins nébuleuse et plus soutenue). Si les Anglo-Québécois étaient sans université et réclamaient justice, tous les médias - anglais et français - du pays en feraient une manchette à la une... ne manquant pas au passage de rappeler comment les Québécois sont racistes et xénophobes... Mais quand il s'agit des Franco-Ontariens, le silence est assourdissant, tant au Québec qu'au Canada anglais, et les quelques journaux, stations de télé et de radio qui en parlent ont généralement le coeur du message tout croche...

En mars 2016, puis encore en novembre 2017, le RÉFO, la FESFO et l'AFO ont été obligés d'émettre des communiqués de presse (bit.ly/2B6sK1I) pour rappeler aux médias le mandat provincial et global du projet d'université franco-ontarienne, dont on veut qu'elle ait la gouvernance de TOUS les programmes universitaires de langue française, même ceux de l'Université d'Ottawa et de l'Université Laurentienne... Le rappel ne semble pas avoir eu l'effet escompté... On s'accroche à l'essentiel des textes ou reportages précédents, axés sur le campus torontois...

À un certain moment, il va falloir se rendre dans les salles de rédaction pour donner aux journalistes des cours d'université franco-ontarienne 101... C'est un problème majeur parce que le message ne se rend pas au public.

Troisième mur...
Face à un NON retentissant et à une incompréhension quasi-totale des demandes, les promoteurs du projet d'université franco-ontarienne ont besoin de munitions pour faire sauter les digues (au sens figuré bien sûr puisque je suis un pacifiste intraitable). Leur argumentaire est parfait. Tous, toutes reconnaîtront qu'au niveau des principes, la position du RÉFO, de la FESFO et de l'AFO sont justes et équitables. Mais personne n'osera toucher aux méga-structures bilingues et anglo-dominantes au sein desquels l'immense majorité des étudiants et étudiantes franco-ontariens peinent à retrouver des petits coins de francophonie...

Alors il faudra des appuis. Des appuis puissants, suffisamment en tout cas pour ébranler la structure actuelle du milieu universitaire ontarien. En attendant de pouvoir mobiliser des manifs de 10 000 personnes comme à l'époque Montfort, il faut utiliser tous les moyens disponibles pour intensifier la pression sur les décideurs. Il faudrait dès maintenant identifier des individus, des organisations, des médias sympathiques et les pousser à fouiller cette question, à publier des reportages, chroniques, blogues et éditoriaux. Où? En Ontario bien sûr, mais aussi au Québec, en Acadie et au sein des collectivités francophones de l'Ouest canadien. En France, aux Nations Unies, à l'OIF, partout où l'on voudra entendre les doléances franco-ontariennes...

Ce troisième mur, l'absence de mobilisation qui ferait de ce dossier un enjeu national et même international, ne pourra être abattu facilement. C'est un peu David contre Goliath... Mais on sait qui avait gagné ce combat... Et aujourd'hui, au lieu des frondes et des petites pierres, on a l'Internet, les réseaux sociaux et d'autres moyens de communication qui décuplent la force médiatique des individus qui apprennent à bien s'en servir... 




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* le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) et l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO)

jeudi 16 novembre 2017

L'Université de l'Ontario français... Vraiment?


Le temps est parfait pour les trois mousquetaires de l'université franco-ontarienne (le RÉFO, la FESFO et l'AFO) de le crier haut et fort !!! D'affirmer que 100 ans après le Règlement 17, l'Ontario français exige cette fois «toutte, toutte, toutte»... «pas juste des ti-bouttes»* comme c'est la coutume depuis trop longtemps au royaume orange-décoloré du trille blanc...

Les Orangistes et autres racistes de 1912 avaient sans doute lu Le Prince de Machiavel... Un violent coup de masse au front de la victime (les Franco-Ontariens en l'occurrence) suivi d'un siècle de petits «bonbons», trop souvent au compte-gouttes...  Du machiavélisme pur... À la fin, ce qui reste des anciens Canadiens français ne se souvient plus du coup de masse initial... et l'immense majorité applaudit chaque petite douceur offerte par les gouvernements comme une grande victoire...

Après avoir utilisé la répression législative et judiciaire pour tenter de fermer les écoles françaises et assimiler les Franco-Ontariens, Queen's Park a consenti en 1927 le retour des écoles bilingues. N'oubliez pas... bilingues, pas françaises. Il a fallu la Révolution tranquille au Québec et la menace indépendantiste dans les années 60 pour que les écoles primaires et secondaires franco-ontariennes deviennent enfin des établissements de langue française... Et un autre 20 ans de revendications pour obtenir des collèges de langue française...

Restait le scandale universitaire. Car il s'agit d'un véritable scandale. Pendant que les Anglo-Québécois trônent avec trois universités surfinancées, les Ontariens de langue française n'en ont pas... sauf pour la petite Université de Hearst affiliée à l'Université Laurentienne bilingue-anglo-dominante... Si la situation était inversée et que les anglophones du Québec n'avaient toujours pas d'université, les accusations de racisme feraient trembler les murs de l'ONU...

Cela fait maintenant près d'un demi-siècle que des Franco-Ontariens réclament une (au moins une) université bien à eux. Mais il a fallu attendre à 2012 pour qu'une organisation dynamique, le Regroupement étudiant franco-ontarien (REFO), élabore une stratégie globale et cohérente pour assurer la gouvernance francophone sur l'ensemble du post-secondaire ontarien de langue française (22 000 étudiants et étudiantes), y compris les méga-effectifs francophones de l'Université d'Ottawa et de la Laurentienne à Sudbury.

En route, le REFO s'est adjoint deux importants alliés, la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) et l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO), cette dernière étant l'organisme parapluie des collectivités franco-ontariennes. Jeunes et adultes ont dépensé des milliers d'heures en consultations, en réunions, en rédaction, en lobbying et plus au cours des cinq dernières années. Les manchettes et éditoriaux s'accumulaient et cela devenait embarrassant pour le gouvernement libéral.

Mais c'était sans compter la puissance des deux grandes universités bilingues et leurs alliés dans les officines du pouvoir... Toutes les effronteries sont alors permises... Le recteur de l'Université d'Ottawa, Allan Rock à l'époque, est allé jusqu'à affirmer que les Franco-Ontariens avaient déjà leur université --- l'Université d'Ottawa, une institution à 70% anglophone où on n'a pas voulu déployer un drapeau franco-ontarien au coeur du campus pour ne pas effaroucher les Anglais...

Alors comment se surprendre que le gouvernement Wynne propose la création d'un campus universitaire de langue française dans la seule région de Toronto, et qu'il ait le culot de nommer ce campus d'au plus 300 étudiants «l'Université de l'Ontario français»... Le projet de loi est rédigé en termes vagues quant à la géographie d'une telle université mais toutes les déclarations officielles la situent dans le périmètre torontois, probablement au centre-ville.

Je veux bien croire qu'il y a urgence à colmater les brèches dans l'offre de services à Toronto mais pendant qu'on met tous les dollars (et il n'y en a pas beaucoup considérant ce qu'ils ont volé aux Franco-Ontariens depuis 100 ans) dans la Ville-Reine, 13 000 étudiants de langue française sont soumis quotidiennement à l'agression culturelle d'un milieu très majoritairement anglophone à l'Université d'Ottawa. Pour eux? Rien. Même qu'on trouve cela tout à fait normal...

La plupart des médias, comme d'habitude, voguent entre l'indifférence et l'ignorance. Les réseaux TFO (Ontario) et Radio-Canada ont suivi le dossier avec plus de diligence parce qu'ils ont des salles de rédaction dans la Ville-Reine. Le quotidien Le Droit, fondé en 1913 justement à cause du Règlement 17, a fait un boulot qui n'était pas à la hauteur des attentes. L'indifférence et l'ignorance caractérisent les médias québécois et anglo-canadiens. Tout au plus peut-on espérer du Québec quelques textes sympathiques dans les moments les plus médiatisés.

L'annonce du campus torontois alias «l'Université de l'Ontario français» a été présentée par la majorité des intervenants comme une grande victoire pour la francophonie ontarienne... alors qu'il ne s'agit pour le moment que d'un autre petit bonbon pour endormir les lointains après-chocs du coup de masse de 1912... On sent cependant quelques remous chez ceux et celles qui se sont mobilisés depuis cinq ans pour mousser le projet d'université franco-ontarienne, ainsi que chez certains profs...

Le président de la FESFO, Pablo Mhanna-Sandoval m'a indiqué sur son compte Twitter que «la FESFO continuera de revendiquer une université franco-ontarienne pluri-campus avec un mandat provincial. Ne croyez pas pour un instant que la jeunesse (franco-ontarienne) se taira avec un simple projet de loi»... Je l'espère car le ton des communiqués officiels de son organisation est beaucoup plus conciliant, comme ceux du REFO et de l'AFO... Le REFO, s'éloignant de son discours habituellement plus énergique et revendicateur, a dit souhaiter que d'autres campus voient le jour dans la province et soient reliés à cette Université de l'Ontario français...

On me répondra qu'un campus à Toronto c'est mieux que rien... Et c'est vrai... Ça peut devenir le pied dans la porte, une brèche qu'on pourra un jour élargir... Mais rien n'est plus incertain... Le projet de loi n'est pas adopté, les sous ne sont pas disponibles, et les effectifs francophones continuent de stagner ou diminuer... C'était déjà une course contre la montre... C'est un peu comme un suspense à la télé où la fin approche et l'on sent que ça va mal finir. Je ferme alors la télé, préférant imaginer la conclusion qui me plaît le plus...

Je viens de fermer la télé...


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* d'après une chanson d'Angèle Arseneault...


Vaudreuil-Dorion: la majorité francophone dégringole...

Grandes lignes de ma conférence du dimanche 12 novembre 2017 au colloque sur la langue française du Parti québécois de Vaudreuil-Dorion

Peu de gens – les journalistes inclus - se donnent la peine d’éplucher les recensements. Tous ces milliers de colonnes de chiffres empilées sur d’autres milliers de colonnes de chiffres laissent la grande majorité des gens indifférents…

Cela tient sans doute au rapport que bien des humains ont avec les mathématiques. Le chiffre cinq, ou sept, ou tout autre chiffre, n’est qu’une abstraction. Cinq quoi? Pour la plupart d’entre nous, le chiffre 5 prend forme quand on voit cinq doigts sur une main, cinq pommes sur une table ou un billet de cinq dollars.

Il en va sans doute de même pour les statistiques de nos recensements… Pour qu’elles deviennent réelles, concrètes, il faut vraiment voir les humains qu’elles représentent.

Quand on décortique les données sur la langue maternelle ou la langue d’usage, ou qu’on consulte les chiffres sur la compréhension des langues officielles, il faut savoir que tous ces nombres décrivent le vécu réel de gens comme vous et moi dans leurs milieux de vie – à l’école, au travail, au foyer, dans les loisirs et activités culturelles, et bien plus encore.

C'est la vraie vie qui m’a fait découvrir les statistiques du recensement, pas l’inverse.

Personnellement, n’ayant pas une tête de mathématicien, je dois avouer que c’est la vraie vie qui m’a fait découvrir les statistiques du recensement, et non l’inverse. Je suis né et j’ai grandi Franco-Ontarien, dans l’ouest de la ville d’Ottawa. Ma mémoire y a emmagasiné des souvenirs à partir des années 1950….

J’ai vu mon quartier canadien-français s’angliciser depuis les années 1960. Je me souviens de la génération de mes grands-parents, plus francophone que celles de mes parents, et celle de mes parents plus francophone que la mienne…

Ma génération était complètement bilingue. Chez certains de mes amis, la culture française dominait. Chez d’autres c’était la langue anglaise et la culture américaine. Dans les générations qui suivent la mienne, l’anglais s’impose de plus en plus, au point où plein d’Ontariens avec des noms de famille français sont désormais unilingues anglais.

C’est en cherchant à mieux comprendre ce phénomène que j’ai – pour la première fois, à l’âge de 17 ans – ouvert un cahier du recensement, celui de 1961… Je n’ai jamais arrêté depuis et à force de calculer, de comparer, d’accumuler, j’ai en tiré un certain nombre de constantes linguistiques – je dirais presque de lois linguistiques.

Et ces lois gouvernent non seulement mon ancienne collectivité canadienne-française d’Ottawa mais aussi l’ensemble de l’Ontario français, les Acadiens, les francophones de l’Ouest canadien… Elles s’appliquent également (et peut-être surtout) au Québec, où bat le cœur nord-américain de la langue française…

Je tiens à répéter pour que ce soit bien clair. Il ne s’agit ici pas de mes opinions ou de quelconques préjugés, mais bien de réalités démontrables. C’est la vraie vie des gens, mise en chiffres, sans lunettes roses ou ferres fumés. Alors, allons-y :

Loi numéro un. Plus la proportion de bilingues augmente chez les francophones, plus il y a érosion de la langue et de l’identité francophones.

Loi numéro deux. Quand les chiffres de la langue d’usage (la langue le plus souvent parlée à la maison) sont inférieurs à ceux de la langue maternelle, il y a assimilation.

Quand, au contraire,  le français langue d’usage surpasse le français langue maternelle, on peut conclure que le français est devenu la langue au foyer pour un certain nombre d’anglophones et d’allophones.

Loi numéro trois. La proportion d’unilingues français (ou anglais)  dans une localité constitue un bon indicateur des possibilités d’y vivre exclusivement dans sa langue.

Regardez chez vous voisins ontariens, Prescott-Russell
Je vous propose un exemple avant de passer à la situation de Vaudreuil-Dorion. Tournons les yeux vers Prescott-Russell. C’est tout près de chez vous. C’est la région la plus francophone de l’Ontario, et elle s’anglicise à vue d’œil depuis un demi-siècle, surtout dans les régions les plus proches d’Ottawa.

Or voici ce qu’on trouve en consultant les recensements :

1.    De 1951 à 2016, la proportion de bilingues est passée de 39% de la population totale à 67,4%. Et la grande majorité de ces bilingues sont de langue maternelle française…

2.    Environ 63% de la population de Prescott-Russell est de langue maternelle française, mais seulement 57% parlent le français le plus souvent à la maison. Pour les anglos c’est le contraire : Langue maternelle 31%. Langue d’usage à la maison ? 39%. La minorité anglaise qui assimile la majorité française…

3.    En 1951, près de la moitié de la population de Prescott-Russell était unilingue française. En 2016, c’est à peine 11%... En 1951, il y avait 14% d’unilingues anglophones. Cette proportion a dépassé le seuil des 20% en 2016…

Ainsi, même dans une région à forte majorité francophone, chaque génération de bilingues lègue aux suivantes une proportion croissante d’unilingues anglais – un nombre modeste dans Prescott-Russell, énorme ailleurs en Ontario. Les Peter Dubois, enfants de de Pierre Dubois…

La situation à Vaudreuil-Dorion
 



Vous pensez être à l’abri de ces transferts linguistiques au pays de la Loi 101 ? Détrompez-vous. L’effet est certes plus lent à Vaudreuil-Dorion, mais il reste le même à long terme… Ici comme chez vos voisins de l’Est ontarien, la minorité anglaise se renforce aux dépens de la majorité française…

Et si la tendance se maintient, vous ne serez plus majoritaires très longtemps. J’ai comparé les recensements de 2006, 2011 et 2016 et découvert ce qui suit :

1. Langues officielles
Parlons d’abord des langues officielles. La proportion de gens qui ne connaissent que le français a chuté de 31,5% en 2006 à 23,6% en 2016.

Pendant ces dix années, la part des gens qui ne connaissent que l’anglais comme langue officielle grimpait ici de 6,3% à 10,1%.

Et la proportion de bilingues dans Vaudreuil-Dorion ? Sans surprise, elle est en hausse appréciable:  61,8% en 2006, 63% en 2011, 65,4% en 2016…

2. Langue maternelle, langue d'usage



Maintenant langue maternelle versus langue d’usage. Selon le recensement de 2016, 21 665 résidents de Vaudreuil-Dorion disent être de langue maternelle française. Il y a très légère baisse (21 520) pour le français langue d’usage.

On peut ainsi conclure que le français présente peu d’attrait pour les non-francophones et que, pire, des francophones sont déjà ici en voie d’assimilation…

Et les anglophones à Vaudreuil-Dorion ? Pour 8860 personnes de langue maternelle anglaise, on en dénombre 10 120 qui donnent l’anglais comme langue principale à la maison… C’est un gain de près de 15%…

3.    Ça c’est pour 2016. Maintenant regardez l’évolution entre 2006 et 2016.

La proportion de francophones (langue d’usage et langue maternelle) est passée de 73% à 57%.

Comparez à la langue maternelle anglaise (de 16,4% à 21%) et surtout, l’anglais langue d’usage (de 20,9% à 26,9% de la population totale).

Pas besoin de faire de dessins
Le score en 2006 : français 73, anglais 21. En 2016 ? Français 57, anglais 27. Pas besoin de faire de dessins… Ici comme dans Prescott-Russell, la minorité a tendance à assimiler la majorité, lentement mais sûrement.

Si vous vérifiez les chiffres pour l’Île Perrot, où nous sommes présentement, vous retrouverez exactement les mêmes tendances qu’à Vaudreuil-Dorion…

La grande différence entre Prescott-Russell et Vaudreuil-Dorion, c’est la rapidité de l’anglicisation, plus intense dans l’Est ontarien que dans la couronne montréalaise.

Alors quand vous vous arrêterez à un Tim Hortons de Rigaud  et qu’on vous dira «Bonjour-Hi», puis à un Tim Hortons à Hawkesbury, où on vous accueillera avec un «Hi», sans le bonjour, dites-vous bien que les deux ne sont qu’une étape du même phénomène… en Ontario en accéléré, au Québec au ralenti…

Vous me direz que cela relève de la langue de travail. Il y a aussi un chapitre du recensement là-dessus et il sera rendu public très bientôt.


Je vous assure qu’à l’exception de quelques joueurs et de rares scribes médiatiques, à peu près personne ne se donnera la peine d’en prendre connaissance…

jeudi 26 octobre 2017

Ce 25 octobre 2017, le Canada anglais a administré une taloche au Canada français...

Ce mercredi, 25 octobre 2017, à l'occasion du vote sur le projet de loi néo-démocrate exigeant le bilinguisme des juges à la Cour suprême, un événement plutôt rare (rarissime, même?) s'est produit. Dans le brouillard partisan de la Chambre des communes, à Ottawa, le Canada anglais s'est dressé en bloc, d'un océan à l'autre, pour administrer une taloche à l'écho ressurgi de l'ancien Canada français...

On a beau dire que le Québec s'est séparé, en quelque sorte, de l'identité franco-canadienne depuis les années 1960, certains événements - le plus souvent une menace à la langue française - provoquent une espèce d'union sacrée entre fédéralistes et indépendantistes, et même entre francophones hors-Québec et leurs cousins du foyer national québécois.

Ce fut le cas au tournant du millénaire avec la lutte pour protéger le seul centre hospitalier universitaire de langue française de l'Ontario, l'hôpital Montfort. Et maintenant, c'est le débat sur l'exigence du français à la Cour suprême qui fait oeuvre de ciment au sein de la francophonie canadienne et québécoise et, par effet miroir, au sein de la «nation?» anglo-canadienne, plus souvent qu'autrement réfractaire aux mesures de protection du français...

À l'occasion du vote de mercredi aux Communes, on a donc retrouvé coude à coude des députés néo-démocrates, bloquistes, libéraux et conservateurs - unis de façon ponctuelle pour défendre ce qui aurait dû apparaître comme une évidence à tout francophone de ce pays:  le droit de se faire comprendre en français, sans interprète, par tous les juges du plus haut tribunal du Canada.

La pression était moins forte pour les dépurés néo-démocrates (c'était leur projet de loi) et les élus du Bloc québécois, mais en dépit du vote «libre», il fallait que la cause ait de l'importance pour que 26 libéraux et conservateurs (dont 19 du Québec) défient ouvertement leurs chefs, Justin Trudeau et Andrew Scheer, qui ont voté contre le projet de loi...

Et que dire du courage politique des sept députés libéraux et conservateurs de régions très, très anglophones du Canada qui se sont levés pour appuyer le bilinguisme des juges de la Cour suprême...

Cependant, pour l'immense majorité de la députation anglo-canadienne du Parti libéral et du Parti conservateur, il semble que cette mesure soit jugée excessive - une attitude rébarbative mais compréhensible dans une société où 90% des gens ne connaissent pas le français et où la plupart restent et resteront unilingues anglais... pendant que le Québec se «bilinguise» à vue d'oeil...

Ce qui frappe le plus dans cette affaire, c'est le demi-tour spectaculaire des libéraux, qui avaient appuyé le même projet de loi en 2010 et qui, cette fois, assurent sa perte... Pire, la majorité des députés libéraux du Québec - y compris Mélanie Joly, responsable des langues officielles !!! - se sont opposés à l'adoption du projet de loi. C'est proprement scandaleux. Cinq élus conservateurs du Québec, dont Maxime Bernier, ont également voté contre...

Le résultat, c'est qu'encore une fois, le Québec se retrouve isolé, seule province accordant un appui majoritaire à l'exigence du français pour les juges de la Cour suprême... Ailleurs au Canada, à peine 28 députés, la plupart néo-démocrates, ont reconnu notre droit d'être compris dans notre langue devant la plus haute instance juridique du pays...

Au total, dans les provinces de l'Alberta, de la Saskatchewan, du Manitoba, du Nouveau-Brunswick, de l'Île-du-Prince Édouard, de la Nouvelle-Écosse, de Terre-Neuve et des trois territoires, à peine sept députés ont «osé» soutenir le bilinguisme des magistrats de la Cour suprême... En Ontario, la province voisine, c'est 93 «non» contre 13 «oui»... C'est le mieux qu'on puisse espérer hors Québec...

En Acadie, l'ancien député néo-démocrate Yvon Godin doit fulminer, son successeur dans Acadie-Bathurst, Serge Cormier, s'étant opposé au projet de loi. Quelques autres élus francophones hors-Québec auront eux aussi des comptes à rendre auprès de leurs électeurs et électrices pour avoir voté contre ce projet de loi...

Enfin, peut-être ne devrait-on pas se surprendre de ce résultat... On savait qui étaient les amis de la langue française au Québec et au Canada... On le sait un tout petit peu mieux après ce vote historique à la Chambre des communes...







vendredi 20 octobre 2017

Quand on confond neutralité religieuse, laïcité et sécurité publique...

Quand on ne sait même pas faire la distinction entre neutralité religieuse, laïcité et sécurité, ça donne la nouvelle Loi 62... avec les conséquences prévisibles...

Face à des enjeux pourtant clairs, le gouvernement Couillard a fignolé un plat législatif aussi embrouillé qu'indigeste, et qui se butera fort probablement à des tribunaux hostiles...

Pour le moment, c'est la loi? Non, même là on n'a aucune certitude! La ministre Stéphanie Vallée a indiqué aux villes et municipalités qu'elles seront, a toutes fins utiles, libres de l'appliquer ou pas...

Bien sûr, c'est l'élément le plus controversé de cette poutine juridique qui est en cause, celui qui oblige les services publics à être offerts et reçus à visage découvert.

On peine à comprendre ce que le pile et le face de cette disposition ont à voir avec la «neutralité religieuse» qu'est pourtant censé incarner le projet de loi libéral...

1. Services rendus

Depuis quand le fait - pour un fonctionnaire, une infirmière, un chauffeur d'autobus ou autre - de se découvrir le visage constitue-t-il une preuve de «neutralité religieuse»?

C'est tout le contraire. Il est évident que cette obligation ne vise présentement que les femmes musulmanes les plus opprimées... celles qui subissent le port du burqa ou du niqab...

S'il y avait vraiment «neutralité», le gouvernement Couillard n'aurait-il pas dû permettre tous les signes religieux - voile, turban, kappa, croix. etc. - sans intervenir? C'est ça aussi, non, la neutralité de l'État?

En réalité, le mot «laïcité» (souvent considéré comme synonyme de neutralité religieuse) se profile ici en arrière-plan...

Mais si on veut un État vraiment laïc, alors il faut bannir tous les signes religieux (et anti-religieux) ostentatoires, l'avenue que privilégiait la défunte charte du Parti québécois en 2013...

Si on y regarde de près, le projet de loi 62 vise en réalité un objectif de laïcité, mais se limite malheureusement à quelques vêtements religieux, tous les deux musulmans et très ostentatoires...

Ou bien l'État est laïc, ou il ne l'est pas... S'il l'est, les services de cet État aux citoyens doivent être offerts sans signes religieux (ou anti-religieux) ostentatoires... Rien de plus, rien de moins...

S'il ne se veut pas laïc, mais simplement «neutre», l'État doit les permettre tous... En viser un ou quelques-uns, de la même religion par surcroît, n'a absolument rien de «neutre»...

2. Services reçus

Une femme portant un burqa ou un niqab se verra-t-elle refuser l'accès à un autobus, ou à une salle d'urgence? Le maire Coderre et d'autres ont soulevé cette question immédiatement après l'adoption de la Loi 62 et la réponse du gouvernement ne s'est pas fait attendre... Pour les autobus et les autres services municipaux, ils pourront faire comme bon leur semble...

Le problème de fond n'est pas là, cependant. La question reste la même. Qu'est-ce que le fait se se voiler le visage en recevant un service public a à voir avec la «neutralité religieuse»?

C'est simple. Rien du tout! Ce n'est qu'un ingrédient piquant pour rehausser la saveur d'une mesure qui cherche de toute évidence à démontrer, à un an des élections, que les libéraux se préoccupent aussi des «menaces» identitaires...

Tout le monde sait que l'obligation d'un visage découvert - dans un autobus, dans un hôpital, dans un bureau administratif ou ailleurs - constitue une mesure de sécurité publique. Et rien de plus.

Un projet de loi sur la «neutralité religieuse» peut bien interdire certains voiles musulmans dans les établissements ou véhicules de l'État, mais que fera-t-on quand un type en route vers une manif se présente en cagoule, ou portant un masque de ski? On aura beau chercher, on n'y trouvera rien de religieux...

Il m'apparaît clair que l'obligation du visage découvert constitue une mesure de sécurité publique tout à fait justifiable, qui doit s'appliquer non seulement en donnant ou en recevant des services publics, mais dans tout lieu public!

3. Et alors?

La suite des choses apparaît évidente... Les tribunaux seront saisis de l'affaire par des particuliers ou des gouvernements hostiles (y compris Ottawa) et réduiront en miettes l'interdiction du port du voile intégral, notamment pour recevoir des services publics...

Le gouvernement Couillard, qui doit sûrement savoir que cela se produira, aura le choix entre dire: voilà nous avons fait un effort mais les méchants juges nommés par Ottawa (ou par Québec) nous ont mis des bâtons dans les roues, ou (ce qui apparaît improbable) il pourra se prévaloir de la clause nonobstant...

Et nous serons guère plus avancés... Je m'ennuie de Bernard Drainville...




mardi 26 septembre 2017

Combien y a-t-il de Franco-Ontariens?

photo Radio-Canada

Hier, 25 septembre, c'était la «Journée des Franco-Ontariens». Le jour où mon ancienne patrie célèbre des siècles de résistance aux tentatives répétées d'écraser la langue française aux quatre coins de l'Ontario. Sommes-nous en présence d'une des dernières générations de résistants? À entendre les dirigeants franco-ontariens, les choses vont de mieux en mieux mais en grattant sous la surface des statistiques gonflées, on aperçoit plutôt un gouffre à l'horizon...

Le recensement 2016 n'avait vraiment, mais vraiment rien de bon à annoncer aux parlant français de l'Ontario... Alors le Commissaire aux services en français de la province, François Boileau, s'est chargé de remonter le moral des troupes en divulguant les chiffres «roses» de la DIF (définition inclusive de la francophonie, voir détails à la fin du texte), qui permettent de transformer la catastrophe annoncée en léger progrès: il y aurait donc 622 340 francophones en Ontario, soit 11 000 de plus qu'en 2011. Nous ne sommes pas loin, ici, du mythique pays des merveilles...

Les recensements fédéraux brossent un tableau bien plus réaliste d'une minorité assiégée, ébranlée même dans ses châteaux-forts de l'Est et du Nord ontariens. Essayez de voir derrière ces colonnes de chiffres de Statistique Canada les visages de milliers de Franco-Ontariens dans leurs villes et villages, dans leur quotidien, à la maison, au travail, dans leurs loisirs, dans leur vie culturelle. Ce qu'ils font, ce qu'ils ont été, ce qu'ils sont et ce qu'ils deviendront finissent par se retrouver dans les ordinateurs fédéraux du recensement...

Le portrait n'est pas encore désespéré, mais il n'est certainement pas rose... Le nombre d'habitants de langue maternelle française stagne depuis 45 ans en chiffres absolus, et dégringole comme proportion de la population totale de l'Ontario, passant de 6,3% en 1971 à 3,7% en 2016. C'est pire encore quand on consulte les données sur la langue d'usage (la langue parlée le plus souvent à la maison), où il y a depuis 45 ans une baisse appréciable, tant en chiffres absolus qu'en pourcentage.

Le nombre d'Ontariens ayant le français comme langue d'usage a décru de 21% depuis 1971, et le nombre d'unilingues français - bon indicateur de la possibilité de vivre en français dans une localité - a diminué de moitié, passant de 92 845 à 40 040... (voir tableau ci-dessous)...
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Langues officielles (unilinguisme, bilinguisme), langue maternelle et langue d’usage en Ontario, recensements 1971, 2006, 2011 et 2016



Ontario
% unil. 
français*
% unil. anglais***
% de bilingues
en Ontario
Langue
maternelle
française 
Langue d'usage – français****
1971
92 845*
(19,3%)**
87,3
9,3
482 040
6,3%
352 465
4,6%
2006
49 210
(10,1%)
85,9
10,8
488 815
4,1%
289 035
2,4%
2011
42 980
(8,7%)
86,3
11,0
493 300
3,9%
284 115
2,2%
2016
40 040
(8,2%)
86,0
11,2
490 715
3,7%
277 045
2,1%

* total de la population qui ne connaît que le français comme langue officielle
** proportion du total de la population de langue maternelle française
*** % de la population qui ne connaît que l’anglais comme langue officielle

**** - LUF – langue d’usage (français) – langue la plus souvent parlée à la maison
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Les Franco-Ontariens sont massivement bilingues et à chaque recensement, ce bilinguisme collectif laisse au sein de la génération suivante un nombre croissant d'unilingues anglais... Les écoles françaises ont beau faire des miracles avec leurs programmes de construction identitaire, elles tentent constamment de monter les marches d'un escalier qui roule en sens contraire...

Voici une partie de la situation qui se répercutera dans les recensements de 2021 et d'après:

* Selon Statistique Canada, les deux tiers des Franco-Ontariens vivront dans des couples exogames (anglais-français) et trois-quarts de leurs enfants parleront essentiellement l'anglais...

*Même dans les couples où les deux conjoints sont de langue française, 10% des enfants seront anglicisés...

* La région où le nombre de francophones augmente le plus vite est celle de Toronto, là où le taux d'assimilation reste parmi les plus élevés. Ces francophones seront anglicisés en quelques générations...

* Selon Statistique Canada, à peine 10% des Franco-Ontariens utilisent surtout des médias de langue française, ce qui ne peut manquer d'éroder leur identité francophone...

* À peine 20% des Franco-Ontariens utilisent surtout le français au travail, dans les commerces et institutions...

* Même quand des services sont disponibles en français, une proportion plus qu'appréciable des francophones continuent de les demander en anglais...

Loin de moi de vouloir prononcer l'extinction imminente des Franco-Ontariens, le milieu dont je suis issu et qui reste au coeur de mon identité, mais il y a une limite à prétendre qu'on voit le soleil quand il pleut à verse... Mieux vaut dire «ça va mal, qu'est-ce qu'on fait» que de se contenter de parader avec des petits drapeaux blancs et verts à chaque dévoilement d'un monument de la francophonie ça et là...

Il faut retrousser ses manches et foncer dans le tas, comme à l'époque du Règlement 17, comme pour la lutte de Montfort, comme les étudiants l'ont fait depuis cinq ans dans le dossier de l'université franco-ontarienne... où le gouvernement n'offre toujours que des pinottes...

Vous pensez que j'exagère? Peut-être un peu, mais pas beaucoup... Et ce que les recensements exposent en Ontario commence à apparaître au Québec, notamment en Outaouais et dans la grande région montréalaise... On n'est pas sortis du bois...


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DIF - les personnes pour lesquelles la langue maternelle est le français, de même que les personnes pour lesquelles la langue maternelle n'est ni le français ni l'anglais, mais qui ont une bonne connaissance du français comme langue officielle et qui utilisent le français à la maison.